Les sites du patrimoine mondial de l’UNESCO, véritables témoins de notre héritage culturel et naturel, font face à des dangers liés à l’eau qui ne cessent de grandir. 73% des sites non marins se retrouvent en situation de risque hydrique élevé, un problème rendu encore plus sérieux par le réchauffement climatique et les activités humaines. Ce phénomène touche non seulement l’environnement, mais vient aussi perturber l’économie locale et le secteur du tourisme, ce qui nécessite une gestion de l’eau efficace.
Zoom sur les risques liés à l’eau
Une analyse détaillée a été réalisée sur 1.172 sites du patrimoine mondial pour mesurer leur vulnérabilité aux aléas liés à l’eau. Les conclusions ne laissent pas indifférent : 40% des sites font face à une pénurie d’eau tandis que 33% risquent de subir des inondations fluviales. Par ailleurs, 21% des sites sont exposés aux deux types de dangers, ce qui rend la gestion de ces lieux encore plus compliquée.
Dans certaines régions, le stress hydrique se manifeste de façon frappante : la rareté ou l’arrivée soudaine d’eau vient bouleverser l’équilibre des écosystèmes. En fait, un site sur cinq doit composer avec ce double problème, ce qui veut dire qu’une année de sécheresse sévère peut être suivie d’inondations dévastatrices l’année suivante.
Quelques cas marquants de sites en danger
Parmi les exemples dénoncés, le Taj Mahal en Inde subit les effets de la raréfaction de ses nappes phréatiques, qui provoque un affaissement des sols. Aux États-Unis, le Parc national de Yellowstone a connu une crue historique en juin 2022, obligeant la fermeture du parc pendant plusieurs mois et nécessitant 20 millions de dollars de travaux.
Au Pérou, le célèbre Machu Picchu est en alerte sécheresse, tandis que Chan Chan fait face à un risque élevé d’inondations fluviales, lié au phénomène El Niño. En Jordanie, la cité antique de Pétra souffre également de problèmes récurrents d’eau.
Le parc national de Sagarmatha au Népal est aussi en alerte sécheresse et, en Irak, les marais d’Ahwar sont menacés par la sécheresse et la construction de barrages en amont. La situation reste préoccupante pour les Chutes Victoria au Zimbabwe, qui ont quasiment tari en 2019 et provoqué jusqu’à 18 heures de coupure d’électricité par jour.
En Chine, les sanctuaires des oiseaux migrateurs de la mer Jaune sont menacés par la montée du niveau de la mer et les inondations. À Téhéran en Iran, l’affaissement des sols atteint jusqu’à 31 centimètres par an, mettant en péril des sites historiques comme Persépolis qui se fissure sous la pression. Enfin, la ville de Chinguetti en Mauritanie disparaît progressivement sous le sable.
Les répercussions sur les habitants et les initiatives à prendre
Les dégâts ne se limitent pas aux monuments ou aux paysages : ils touchent aussi directement la vie quotidienne des populations locales. En 2019, plus de 300 personnes au Zimbabwe ont dû faire face à des attaques d’animaux, eux aussi en quête d’eau et de nourriture. Et toujours en 2019, 45 millions de personnes en Afrique australe se sont retrouvées dans le besoin d’une aide alimentaire à cause de mauvaises récoltes liées aux enjeux hydriques.
Face à cette situation, l’UNESCO prône la mise en place de politiques adaptées pour mieux surveiller et gérer ces ressources. Des projets pilotes montrent déjà des signes encourageants : en Chine, à Nandagang, le nombre d’oiseaux observés est passé de 20.000 en 2019 à 100.000 en 2023, preuve que des solutions fonctionnent.
Pourtant, la plupart des sites n’ont toujours pas de plans d’adaptation ou de financements dédiés pour répondre à ces dangers grandissants. La Chine a toutefois montré l’exemple en interdisant dès 2018 les projets immobiliers dans la baie Bohai, une décision applaudie par de nombreux défenseurs de l’environnement.
Un avenir qui inquiète
Les prévisions pour les vingt prochaines années ne sont pas très réjouissantes. D’ici 2050, on estime que 44% des sites connaîtront un stress hydrique élevé ou très élevé, contre 40% aujourd’hui. Les zones les plus exposées sont le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, certaines parties de l’Asie du Sud ainsi que le nord de la Chine.
Le World Resources Institute recommande la restauration des paysages vitaux pour favoriser une eau saine et stable. Pour y parvenir, il faut investir dans des solutions naturelles, comme planter davantage d’arbres ou réhabiliter les zones humides.








