L’air que nous respirons en ville est-il en train de devenir un nuage de plastique invisible ? Une étude récemment publiée dans la revue Science Advances met en lumière des concentrations alarmantes de microplastiques et de nanoplastiques dans l’atmosphère urbaine, une découverte qui pourrait avoir des conséquences majeures pour la santé publique et les politiques environnementales.
Du plastique partout dans l’air
Les plastiques, ce matériau célébré dans les années 1950 comme un « miracle », sont aujourd’hui qualifiés « d’un de nos pires poisons ». Ils sont désormais présents dans notre alimentation, nos écosystèmes et même « au plus profond de nos organismes ». Les microplastiques (MP) et nanoplastiques (NP) ne se contentent pas de polluer les sols et les mers : ils voyagent aussi dans l’air que nous respirons chaque jour, posant une menace sérieuse pour la santé.
L’atmosphère des grandes villes étudiées en Chine, notamment Guangzhou et Xi’an, est saturée de ces particules plastiques invisibles. Les chercheurs parlent d’un véritable « tsunami nanoscopique », révélant une facette de la pollution moderne qu’on commence à peine à mesurer.
De nouvelles méthodes qui révèlent des résultats troublants
Jusqu’ici, l’atmosphère urbaine était souvent « le parent pauvre » des recherches sur la pollution plastique, surtout à cause des limites des instruments classiques incapables de détecter des particules microscopiques échappant aux méthodes traditionnelles comme la spectroscopie µ-Raman et les méthodes d’identification visuelle, incapables de détecter des particules de moins de 1 micromètre.
Grâce à des progrès techniques, une équipe internationale a utilisé une méthode innovante : la microscopie électronique à balayage pilotée par ordinateur (CCSEM), qui permet de repérer des particules jusqu’à 200 nanomètres (200 nm). Les chiffres obtenus sont édifiants : des concentrations moyennes de 180 000 MP/m³ et 50 000 NP/m³, des niveaux « 100 à 1 000 000 de fois supérieurs » à ceux mesurés avec les méthodes traditionnelles.
À quoi ressemblent ces particules et quelles conséquences possibles
L’étude décrit une pollution aérienne hétéroclite, presque comme une « bouillie informe » de fragments variés : morceaux de pneus de voitures, fragments d’emballages dégradés par les UV, et éclats de PVC provenant de chantiers. Ces particules ultra‑fines adsorbent aussi d’autres polluants, donnant naissance à un « aérosol hybride » composé de plastique, de bactéries, de métaux lourds et de suie, que « aucun organisme ne peut éliminer ».
Cette présence invisible complique la modélisation du cycle global du plastique et soulève beaucoup d’hypothèses et d’incertitudes. Les conséquences pour la santé publique, jusqu’ici estimées à partir de données partielles, doivent selon les chercheurs être réévaluées de toute urgence.








