La déforestation en Amazonie continue de faire parler d’elle et de marquer les esprits. Une étude récente souligne une fois de plus les forts effets de cette destruction sur le climat local et mondial. « Observed shifts in regional climate linked to Amazon deforestation », c’est l’analyse publiée dans Communications Earth & Environment par l’Institut national de recherches spatiales du Brésil (INPE), qui met en lumière les modifications climatiques inquiétantes liées à la perte de végétation dans cette région clé.
Selon l’étude, la déforestation réduit la capacité de la forêt à générer ses propres pluies. Selon Science et Vie, les zones où la couverture forestière a été largement réduite deviennent plus chaudes et plus sèches, avec moins de précipitations que les régions mieux préservées. Ce changement ne ressemble pas à une simple fluctuation passagère : c’est une transition vers une nouvelle normalité climatique. La baisse de l’évapotranspiration (évaporation + transpiration des plantes) liée à la perte d’arbres signifie moins de vapeur d’eau dans l’atmosphère, donc moins de nuages et moins de pluie. Ce phénomène creuse un cercle vicieux de sécheresse et de feux.
L’Amazonie, souvent surnommée « usine à pluie », joue un rôle majeur dans l’équilibre hydrique de la planète. En plus de produire sa propre humidité, elle redistribue cette ressource sur des distances dépassant le millier de kilomètres, soutenant des systèmes agricoles lointains. L’étude prévient que, si le biome forêt-brésilien perd de sa résilience, le franchissement de certains seuils critiques pourrait rendre ces changements climatiques irréversibles, menant à un climat hypertropical.
Les chiffres fournis par l’étude sont frappants : dans les zones avec moins de 60 % de couverture forestière, la température augmente en moyenne de 3 °C pendant la saison sèche, et peut monter jusqu’à 4 °C quand seulement 40 % du couvert forestier subsiste. Les précipitations chutent de 25 % et les jours de pluie se réduisent d’environ 11 jours par saison dans les zones déboisées. La période analysée pour cette perte de végétation va de 1985 à 2024, avec une surface perdue dépassant 520 000 km², soit plus que la superficie de l’Espagne. En 2024, plus de 6 300 km² de végétation ont été détruits.
La méthodologie repose sur des données satellitaires et sur une approche par quadrillage régional de 55 x 55 km. Ce système permet de comparer chaque cellule avec des zones voisines encore couvertes à 80 % par la forêt, isolant ainsi directement l’effet de la déforestation.
Les conséquences sont vraiment préoccupantes. En plus de la hausse des températures et de la baisse des pluies, les territoires déboisés voient leur écosystèmes aquatiques basculer vers un état proche de la savane, perdant leur capacité à modérer le climat. Le stress hydrique, la fréquence des feux de forêt et la vulnérabilité des cultures agricoles augmentent fortement, ce qui présage un renversement écosystémique alarmant.
Luiz Aragão, chercheur à l’INPE, le dit clairement : « Les forêts doivent être comprises comme une infrastructure climatique », car leur dégradation entraîne inévitablement des coûts sous forme de récoltes perdues, d’insécurité hydrique et d’exposition plus grande aux événements extrêmes, affectant le bilan carbone. Du même avis, la FAO souligne le rôle vital des forêts pour renforcer la résilience du secteur agricole, en stabilisant les cycles hydriques et en réduisant les risques liés au climat.








