Le 4 novembre 2025, le G20 a publié un document majeur intitulé Global Inequality Report, élaboré par un comité d’experts indépendants sous la direction du prix Nobel Joseph Stiglitz. Ce rapport établit que les inégalités se sont nettement aggravées au cours des deux dernières décennies et qu’elles constituent désormais un enjeu central des politiques économiques mondiales. Il préconise une série de mesures destinées à réduire les écarts de richesse et à prévenir leurs effets sur la croissance, la pauvreté et la gouvernance.
Les inégalités se sont creusées depuis le début du siècle
Le rapport observe une concentration marquée de la richesse au sommet de la pyramide mondiale. Entre 2000 et 2024, les 1 % les plus riches ont capté 41 % de la richesse nouvellement créée, tandis que les 50 % les plus pauvres n’en ont perçu qu’environ 1 %, selon les données reprises par Les Échos. Cette tendance, déjà relevée par plusieurs institutions, s’accompagne d’une forte progression des patrimoines hérités : plus de 70 000 milliards de dollars devraient être transmis au cours de la prochaine décennie, selon The Guardian. Le rapport indique que cet afflux de capitaux héréditaires risque d’accroître les écarts intergénérationnels et de ralentir la mobilité sociale.
Le document signale également que 83 % des pays, représentant environ 90 % de la population mondiale, présentent des niveaux d’inégalités qualifiés d’« élevés » par la Banque mondiale. Ces écarts, note le rapport, se traduisent par une plus forte exposition à la pauvreté, à la précarité de l’emploi et à l’insécurité alimentaire.
Joseph Stiglitz souligne que les inégalités « ne concernent pas seulement la justice sociale, mais aussi la performance économique et la stabilité institutionnelle ». Le rapport estime que la concentration des richesses peut limiter la demande intérieure, freiner la croissance et créer des déséquilibres persistants entre pays.
Les propositions du G20 pour une réponse internationale aux inégalités
Face à ce constat, le rapport du G20 préconise plusieurs pistes d’action. La principale consiste à créer un International Panel on Inequality, un organe scientifique permanent chargé de suivre l’évolution des inégalités et d’en analyser les causes, sur le modèle du GIEC pour le climat. Cette proposition, soutenue par le World Inequality Lab, vise à renforcer la coopération entre États sur la base de données harmonisées.
Le rapport appelle aussi à une réforme fiscale mondiale. Il recommande d’améliorer la progressivité de l’impôt, de mieux taxer les grandes multinationales et de renforcer les mécanismes de lutte contre l’évasion fiscale. Objectif : garantir que la mondialisation économique s’accompagne d’une redistribution plus équitable des revenus.
Les experts insistent également sur la nécessité d’investir dans les services publics essentiels — santé, éducation, infrastructures — afin de réduire les écarts de revenus et d’accès aux opportunités. Le rapport souligne que ces investissements sont indispensables pour soutenir la productivité et prévenir l’aggravation des inégalités.
Le rapport du G20 identifie plusieurs risques associés à une poursuite du creusement des inégalités. Sur le plan économique, il prévient que la concentration de la richesse peut freiner la croissance inclusive et accentuer les déséquilibres entre régions. Sur le plan social, elle peut aggraver les tensions autour de la pauvreté et de la mobilité sociale. Et sur le plan institutionnel, une trop grande disparité entre groupes de population peut fragiliser la cohésion et la confiance dans les politiques publiques.








