Le 19 septembre 2025, le cabinet de conseil Roland Berger a publié une étude détaillant l’impact de l’intelligence artificielle sur le secteur public. L’IA y apparaît comme un levier de transformation majeur : elle promet d’augmenter la productivité, d’améliorer la qualité des services et de générer des économies budgétaires. Mais au-delà de ces perspectives, l’étude met en évidence des risques et des responsabilités : reconversion des agents, respect de l’équité d’accès, transparence algorithmique et empreinte environnementale. Des enjeux essentiels pour qu’une telle mutation s’inscrive dans une démarche de responsabilité sociétale durable.
Un impact social massif sur l’emploi public
L’étude révèle que 36 % des 351 millions d’emplois publics dans le monde pourraient être transformés par l’IA, soit environ 125 millions équivalents temps plein. Parmi eux, 7,5 % seraient totalement automatisables, notamment des postes liés à la bureautique, aux centres d’appels ou aux tâches de saisie répétitives. Cette perspective fait peser un risque social évident, avec une possible disparition de métiers entiers.
Mais la majorité des postes seraient davantage remodelés qu’éliminés. Les agents pourraient voir leurs tâches évoluer grâce à des outils d’assistance, libérant du temps pour des missions plus complexes. Pour la responsabilité sociale, cela implique un effort massif de formation et de requalification. La transition juste, concept central de la RSE, impose que les agents touchés soient accompagnés afin de ne pas subir une mutation brutale et inégalitaire.
Requalification et transition juste : un impératif RSE
La responsabilité sociale des administrations ne peut pas se limiter à une logique budgétaire. Former les agents, leur proposer de nouvelles perspectives et maintenir leur employabilité sont des conditions nécessaires à l’acceptabilité de cette mutation. Le rapport insiste sur le fait que la reconversion professionnelle doit être soutenue par des politiques publiques ambitieuses, faute de quoi la fracture sociale pourrait s’aggraver.
La notion de « transition juste », largement adoptée dans les politiques de développement durable, trouve ici tout son sens. Il s’agit d’éviter que la digitalisation ne crée une nouvelle catégorie de laissés-pour-compte au sein de la fonction publique. Dans ce cadre, la mise en place de programmes de formation continue, l’adaptation des parcours professionnels et la valorisation des compétences humaines deviennent des priorités.
Un service public modernisé mais sous condition d’inclusion
Pour les usagers, l’IA pourrait être synonyme de services plus rapides, plus fiables et plus personnalisés. Les administrations fiscales pourraient améliorer la détection des fraudes, les hôpitaux alléger leur charge administrative et les enseignants bénéficier d’outils de suivi individualisés. Ces évolutions répondent à une attente forte de modernisation et d’efficacité.
Cependant, la responsabilité sociale impose de veiller à ce que l’automatisation n’exclue pas certains publics. Les citoyens peu à l’aise avec le numérique, les personnes âgées ou vulnérables doivent continuer à bénéficier d’un accompagnement humain. La RSE appliquée au secteur public suppose donc de maintenir un équilibre entre innovation technologique et accessibilité universelle, afin de garantir l’égalité des droits et l’inclusion.
Des enjeux éthiques au cœur de la transformation
La généralisation de l’IA dans le secteur public soulève également des questions éthiques majeures. Les algorithmes utilisés pour traiter des dossiers, évaluer des situations ou détecter des anomalies doivent être transparents, contrôlables et exempts de biais discriminatoires. Une opacité excessive fragiliserait la confiance des citoyens et nuirait à la légitimité des décisions administratives.
La protection des données personnelles constitue un autre point sensible. Les administrations gèrent des volumes massifs d’informations confidentielles, notamment dans la santé et la fiscalité. Une utilisation non maîtrisée ou mal sécurisée de l’IA pourrait provoquer des atteintes à la vie privée, contraires aux principes de responsabilité et de respect des droits fondamentaux. La mise en place de garde-fous réglementaires et de mécanismes de contrôle indépendants s’impose donc comme un pilier de la responsabilité sociétale.
Une opportunité de dynamiser l’écosystème technologique
L’adoption de l’IA par le secteur public représente aussi une opportunité économique et sociétale plus large. En stimulant la demande en logiciels spécialisés, en infrastructures numériques sécurisées et en services de formation, elle peut contribuer à structurer une filière nationale de l’IA. Cela favoriserait la création d’emplois dans le secteur privé, renforcerait la souveraineté numérique et dynamiserait l’innovation locale.
Dans une logique RSE, cela implique de construire des partenariats responsables avec les entreprises technologiques, en intégrant des critères de transparence, d’équité et de durabilité dans les appels d’offres. Le secteur public, en tant que client majeur, peut devenir un moteur d’exigence et d’exemplarité pour tout l’écosystème.








