Le 25 février 2026, à Paris, l’organisation 4jours.work a annoncé l’ouverture de la deuxième phase de l’expérimentation française de la semaine de 4 jours, selon un communiqué officiel diffusé à cette date. Encadrée par l’emlyon business school et soutenue par B Corp France et la CFE-CGC, l’initiative entend documenterles effets de la réduction du temps de travail sur les entreprises et leurs salariés. Derrière ce nouveau cycle, une conviction : la semaine de 4 jours ne serait pas seulement un aménagement du temps de travail, mais une réponse systémique aux mutations profondes qui traversent l’économie et la société françaises.
Semaine de 4 jours et travail : répondre à la crise d’engagement et au burn-out
La première phase de l’expérimentation, débutée en décembre 2024, réunissait une vingtaine d’organisations de profils variés — entreprises, associations, coopératives — ayant adopté des formats différenciés de réduction du temps de travail, selon le communiqué de 4jours.work. Certaines ont instauré un jour libre sur deux, d’autres ont supprimé les RTT en passant à quatre jours, d’autres encore fonctionnent sur neuf jours travaillés sur dix.
L’objectif affiché est clair : répondre à une crise d’engagement qui s’aggrave. Le taux d’absentéisme en France a progressé de 3 % en 2024, pour un coût estimé à 120 milliards d’euros par an, selon le Baromètre Absentéisme Privé 2025 du cabinet WTW, cité dans le communiqué. Parallèlement, 47 % des salariés se déclarent en détresse psychologique et 32 % en risque de burn-out, d’après le 15e baromètre d’Empreinte Humaine réalisé avec Ipsos BVA et publié le 25 novembre 2025.
Dans ce contexte, la semaine de 4 jours est présentée comme un levier RH structurant. Elle « fidélise davantage les collaborateurs, réduit la fatigue des équipes et l’absentéisme, et favorise l’innovation », avance le 4jours.work.
Semaine de 4 jours, IA et productivité : repenser l’organisation du travail
La question de la productivité reste centrale. Car toute réduction du temps de travail suppose une réorganisation en profondeur des processus internes, du management et des objectifs.
« Cette expérimentation nationale va permettre d’observer dans la durée ce que la réduction du temps de travail change réellement pour les entreprises et pour les salariés. Au-delà des effets d’annonce, nous allons documenter les impacts sur l’organisation du travail, la performance, la vie des collectifs et les trajectoires professionnelles. Cette recherche destinée à produire des repères fiables pour les décideurs vise aussi à repenser la relation au travail par rapport à d’autres priorités », déclare Françoise Dany, professeure de gestion des ressources humaines à l’emlyon business school. La deuxième phase du pilote vise à doubler le nombre d’entreprises participantes afin de consolider l’étude finale réalisée par l’emlyon business school.
En toile de fond, l’essor de l’IA bouleverse les métiers. Automatisation de tâches, recomposition des compétences, redéfinition des fonctions managériales : la transformation est rapide. Dans ce contexte, réduire le temps de travail tout en maintenant la performance suppose d’accélérer la modernisation des organisations. La semaine de 4 jours devient alors un catalyseur d’efficacité : suppression de réunions inutiles, priorisation des missions, clarification des responsabilités.
Autrement dit, la réduction du temps de présence contraint les entreprises à optimiser leur fonctionnement. La productivité n’est plus seulement une question d’intensité, mais d’organisation.
Climat, vieillissement : vers une semaine de 4 jours durable en France
Le débat dépasse la seule sphère économique. Philippe du Payrat, fondateur de 4jours.work, inscrit explicitement la semaine de 4 jours dans une perspective plus large.
« Le fait d’avoir réussi à embarquer une vingtaine d’entreprises est un signal fort pour nous, il y a un vrai besoin sur le terrain. Mais entre le moment où les dirigeants entendent parler de l’expérience et le moment où ils et elles se lancent, il peut se passer plus d’une année. Le contexte économique n’aide pas, nous avons parfois l’impression de nager à contre-courant. Pour autant, on reste convaincus que la semaine de 4 jours est une réponse pertinente face au triple choc qui va bouleverser le monde du travail : essor de l’IA, dérèglement climatique et population vieillissante », affirme-t-il. Moins de déplacements domicile-travail, moindre consommation énergétique des bureaux, meilleure articulation des temps de vie : la semaine de 4 jours est parfois présentée comme un outil de transition écologique indirecte.
Le vieillissement démographique ajoute une autre dimension. Alors que la population active évolue et que les tensions sur le recrutement persistent dans plusieurs secteurs, proposer une organisation plus souple peut devenir un atout d’attractivité.
Par ailleurs, la diversité des formats expérimentés — plus de 30 modèles de semaine repensée déjà déployés au sein du réseau international partenaire — montre qu’il n’existe pas un schéma unique. La semaine de 4 jours ne signifie pas uniformité, mais adaptation sectorielle. Les candidatures pour la deuxième phase sont ouvertes du 1er mars au 30 juin 2026. L’ambition est de consolider un corpus de données suffisamment robuste pour éclairer les décideurs publics et privés. La semaine de 4 jours, longtemps perçue comme une revendication sociale, se transforme ainsi en laboratoire de transformation du travail. À l’intersection de l’IA, du climat et du vieillissement, elle interroge la soutenabilité même du modèle productif français.








