Des vagues de 35 mètres filmées par satellite en plein Pacifique : les océanographes n’avaient jamais observé ça à cette échelle

Des vagues de 35 mètres ont traversé 24 000 kilomètres d’océan, et les scientifiques viennent de découvrir qu’elles transportaient vingt fois plus d’énergie que prévu. Voici ce que révèle cette tempête hors norme.

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Des vagues de 35 mètres filmées par satellite en plein Pacifique : les océanographes n'avaient jamais observé ça à cette échelle
Des vagues de 35 mètres filmées par satellite en plein Pacifique : les océanographes n’avaient jamais observé ça à cette échelle © RSE Magazine

À la fin de 2024, la tempête Eddie a balayé le Pacifique Nord et généré des vagues géantes. Des vagues moyennes de plus de 19 mètres ont été observées, et certaines auraient atteint jusqu’à 35 mètres de hauteur.

Ces vagues ont parcouru près de 24 000 kilomètres, franchissant notamment le passage de Drake, avant de toucher l’Atlantique tropical au début de l’année 2025. L’équipe menée par Fabrice Ardhuin, de l’Institut français d’océanographie physique et spatiale, a établi que cette tempête comptait parmi les plus intenses des 34 dernières années.

Une précision inédite grâce au satellite SWOT

Avant le lancement de SWOT, fruit d’un partenariat entre la NASA et le CNES, les modèles numériques estimaient l’intensité des houles sans pouvoir les observer directement en pleine mer. Le satellite mesure les longueurs d’onde et la hauteur de houles dépassant 500 mètres de crête à crête, même à des milliers de kilomètres de leur point d’origine.

Les mesures récoltées en décembre 2024 ont permis aux chercheurs de valider pour la première fois l’existence de vagues de très longue période, jusqu’à 30 secondes entre deux crêtes. Ces vagues transportent une énergie bien supérieure à ce que prévoyaient les anciens modèles : les calculs empiriques surestimaient de vingt fois l’énergie portée par les vagues les plus longues.

Cette énergie se concentre en réalité dans un nombre réduit de vagues dominantes, comme un boxeur qui mise tout sur quelques coups puissants plutôt que sur une série de frappes légères.

Ces résultats ont été publiés en septembre 2025 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, dans une étude cosignée par Ardhuin, Postec et Accensi. Les travaux posent les bases d’une nouvelle représentation spectrale des vagues extrêmes, intégrant des effets non linéaires d’interaction entre ondes courtes et longues, jusque-là ignorés.

Les houles d’Eddie ont été comparables, voire supérieures, à celles générées en 2014 par la tempête Hercules, qui avait endommagé les côtes du Maroc jusqu’à l’Irlande. Contrairement aux ouragans qui frappent directement les littoraux, Eddie a exercé son influence à distance, en propulsant des houles longues capables de conserver leur énergie sur des milliers de kilomètres.

Sur les plages d’Hawaï et de Californie, ces vagues ont permis l’organisation d’épreuves de surf légendaires, comme l’Eddie Aikau Invitational.

Les houles longues accélèrent l’érosion côtière, fragilisent les infrastructures portuaires et submergent parfois des zones littorales éloignées de toute tempête visible. Le changement climatique pourrait faire évoluer la fréquence et la puissance de ces événements, une piste que les chercheurs évoquent avec prudence. Des modélisations sont en cours pour relier l’intensification de certaines tempêtes aux tendances climatiques globales, même si les effets locaux, comme la topographie des fonds marins, restent un facteur important.

Ces données serviront aussi à mieux concevoir les ouvrages côtiers, à repenser les normes de construction en mer et à interpréter les signaux sismiques d’origine océanique.

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