Des milliers de tonnes de fruits pourrissent dans les champs espagnols et la crise de l’eau s’aggrave

Chaque année, près de 483 000 tonnes de fruits et légumes pourrissent en Espagne, malgré une crise de l’eau.

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Des milliers de tonnes de fruits pourrissent dans les champs espagnols et la crise de l'eau s'aggrave
Des milliers de tonnes de fruits pourrissent dans les champs espagnols et la crise de l’eau s’aggrave © RSE Magazine

Chaque année, des centaines de milliers de tonnes de fruits et légumes sont laissées à pourrir dans les champs en Espagne, alors que le pays subit une crise de l’eau. Sur la période 2018 à 2024, près de 483 000 tonnes de denrées consommables n’ont pas rejoint les circuits commerciaux, montrant un paradoxe frappant : de l’eau rare est utilisée pour des cultures qui finissent jetées.

Un modèle agricole qui mise sur la rentabilité à court terme

L’Espagne est une grande exportatrice de fruits et légumes en Europe, s’appuyant sur des relations agricoles complexes et coûteuses : barrages, transferts d’eau, nappes phréatiques surexploitées et usines de dessalement. L’agriculture irriguée y demande beaucoup de ressources et pèse sur l’environnement.

Les régions les plus touchées par ces abandons sont l’Andalousie, la Murcie et la Communauté valencienne, la Murcie arrivant en tête des volumes gaspillés. En 2024, la province d’Alicante illustre bien le phénomène avec près de 300 000 tonnes de citrons abandonnées, soit environ 30 % de la récolte, alerte le 20 Minutes.

Certaines cultures, comme les tomates, oranges et kakis, représentent une empreinte hydrique totale d’environ 36 Mm³ par an, soit l’équivalent de plus de 14 000 piscines olympiques. Les prunes, particulièrement gourmandes en eau, contribuent aussi à cette situation, qui génère près de 37 000 tonnes de CO₂ par an.

Ce que ça entraîne sur le plan économique et environnemental

Le modèle agro-industriel favorise la quantité et la rentabilité immédiate, ce qui entraîne un surplus agricole difficile à gérer. Cette logique maintient une pression constante sur les prix, au point que les coûts de cueillette dépassent parfois les prix de vente : les producteurs préfèrent alors abandonner la récolte plutôt que de vendre à perte, d’où l’expression « mieux vaut abandonner que vendre à perte ».

Pour les agriculteurs, cela se traduit par des investissements qui ne rapportent pas toujours, un endettement croissant et une précarité renforcée. Du côté de l’environnement, l’abandon des récoltes gaspille de l’eau et des ressources naturelles, tout en contribuant à la dégradation des sols et à d’autres externalités négatives.

Seuls les volumes éligibles à compensation sont comptabilisés, et ces compensations sont plafonnées à 5 % des récoltes, ce qui tend à minimiser l’ampleur réelle du phénomène.

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