Ce dôme nucléaire oublié commence à se fissurer… et l’océan monte autour

Le Dôme de Runit, scellé sous 120 000 tonnes de déchets toxiques, menace la santé des habitants d’Enewetak.

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Ce dôme nucléaire oublié commence à se fissurer… et l’océan monte autour
Ce dôme nucléaire oublié commence à se fissurer… et l’océan monte autour © RSE Magazine

L’atoll d’Enewetak, au nord des Îles Marshall, garde les traces d’une époque où le monde apprenait à ses dépens la puissance destructrice de l’énergie nucléaire. Aujourd’hui, l’un de ses sites les plus connus, le fameux « Dôme de Runit », illustre bien les difficultés liées à cet héritage pour la santé humaine et la nature.

Les vétérans et l’héritage nucléaire

Robert Celestial, ancien chauffeur de camion de l’Armée des États-Unis, incarne les sacrifices des « vétérans atomiques ». À la fin des années 1970, il a participé au nettoyage nucléaire et a versé des débris contaminés dans le cratère de l’île Runit, souvent vêtu de peu plus qu’un short et de bottes en caoutchouc. Après seulement sept années de service, il a été mis à la retraite médicale, souffrant de furoncles, d’ostéoporose, d’arthrite, et de nombreux autres maux.

Son témoignage sur ABC montre une période d’opacité : « Nous étions sur une petite île dans le Pacifique avec 500 gars dessus, et c’était comme Alcatraz ». La douleur de Celestial n’est pas un cas isolé. De nombreux vétérans, parmi les 4 000 déployés, ont subi des maladies graves. La reconnaissance tardive en 2023 leur a enfin ouvert l’accès aux aides médicales de Veterans Affairs.

Le dôme face à la dégradation de l’environnement

Surnommé « La Tombe », le « Dôme de Runit » est un cratère comblé par plus de 120 000 tonnes de déchets toxiques, scellé par une dalle de béton de 45,72 cm d’épaisseur. Construit sur un site de tests nucléaires menés par les États-Unis entre 1946 et 1958, il représente une menace sérieuse pour l’impact environnemental local. Ivana Nikolic-Hughes, chimiste à l’Universite Columbia et présidente de la Nuclear Age Peace Foundation, a mesuré en 2018 des niveaux de radiation préoccupants et a observé des fissures inquiétantes. La montée des eaux et l’intensification des tempêtes fragilisent encore cette structure déjà vulnérable, comme le souligne aussi Arjun Makhijani, ingénieur nucléaire.

Ivana résume la situation alarmante : « Étant donné que les niveaux de la mer augmentent et qu’il y a des indications que les tempêtes s’intensifient, nous craignons que l’intégrité du dôme puisse être mise en danger ». Le rapport de l’ONU confirme que des eaux souterraines s’infiltrent à travers un ouvrage qui n’a jamais été conçu pour faire face aux défis climatiques actuels.

Ce que ça change pour les habitants et sur la scène internationale

Les répercussions du dôme dépassent l’atoll d’Enewetak, qui abrite environ 300 personnes. Situé à 32,2 km de ces populations, il reste une source de risque permanente. Comme le note Jack Niedenthal, ancien secrétaire à la santé des Îles Marshall, le manque d’entretien historique des États-Unis de cette structure “n’est qu’un monument de l’erreur américaine”.

Politiquement, le Compact of Free Association signé en 1986 a transféré la responsabilité de l’entretien du dôme au gouvernement marshallaise, malgré l’absence de moyens techniques et financiers suffisants, soulignant les défis de la gestion des déchets nucléaires.

Les États-Unis, via le DOE (Department of Energy), soutiennent que le dôme rouillé n’ajoute qu’une pollution minime à un lagon déjà chargé en substances radioactives. Cette position est contestée par des scientifiques et des militants qui attirent l’attention sur la présence potentiellement mortelle de plutonium dans les débris enfouis.

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