Ces dernières années, la pêche en Écosse a connu des hauts et des bas, avec des tensions à la fois écologiques et économiques. Les générations de pêcheurs continuent une longue tradition maritime, mais les changements environnementaux et certaines pratiques de pêche posent de sérieux problèmes pour l’avenir de ce secteur, menaçant l’équilibre de la biodiversité.
Héritage familial et la mer qui se dégrade
Bally Philp, pêcheur avec plus de trente ans de métier, a débuté sur des chalutiers à la fin des années 1980. Aujourd’hui, il travaille dans le Loch Alsh, près de l’Isle of Skye, où les récifs restent parmi les plus intacts du Royaume-Uni. Malgré cela, il remarque une dégradation rapide des conditions marines, un constat partagé par d’autres pêcheurs et plongeurs locaux.
Ses deux fils, âgés de 20 et 30 ans, sont découragés à l’idée de reprendre la tradition familiale à cause de ces difficultés croissantes. Philp garde malgré tout un peu d’espoir : il mise sur des pratiques à moindre effet, comme l’utilisation de casiers/appâts, pour aider à restaurer les stocks.
Alasdair Hughson, plongeur de coquillages basé à Dingwall, subit aussi les conséquences des méthodes destructrices, notamment le dragage de coquilles, qui freine la régénération des habitats marins et entraîne des captures accidentelles.
Science et politique : ce qu’il faut savoir
Pour la biologiste marine Caitlin Turner, la destruction des habitats marins réduit les zones de fraye pour les poissons juvéniles, ce qui perturbe la chaîne alimentaire marine, relaye le média Independent. Son analyse souligne aussi que cela pourrait avoir de lourdes répercussions sur le tourisme, un point de vue partagé par Miles Craven, chef exécutif à Wickman Hotels sur l’Isle of Skye. Selon Craven, la demande touristique pour des produits de la mer locaux augmente, mais ces produits sont de plus en plus difficiles à trouver localement, une tendance observée depuis huit ans.
Des organisations comme la Marine Conservation Society, Oceana, et le World Wildlife Fund demandent des restrictions plus strictes sur des méthodes comme le chalutage de fond, qui ont un impact environnemental significatif. Actuellement, 37 % des eaux écossaises sont désignées comme Aires Marines Protégées (MPA), mais seule une part limitée bénéficie de mesures de gestion efficaces. Un rapport de 2024 indique que 90 % des sites marins protégés en Europe, y compris aux Pays-Bas, en Allemagne et en Espagne, ont subi du chalutage de fond entre 2015 et 2023.
Et après ? Les perspectives
Le gouvernement écossais a déjà pris des mesures initiales : 13 % des zones protégées sont fermées à certains types de chalutage. D’autres efforts sont attendus pour atteindre l’objectif international de protéger 30 % des terres et mers d’ici 2030. Une consultation prévue pour fin 2025, destinée à renforcer ces mesures, a toutefois été retardée de six mois pour des raisons politiques.
En parallèle, des projets de restauration réunissant scientifiques et groupes locaux se concentrent sur la réhabilitation des herbiers de zostère et des populations d’huîtres. Mais les conservationnistes préviennent que ces travaux ne pourront pas être pleinement efficaces sans limites de pêche associées.








