Investissement responsable : les Pays-Bas se détournent de BlackRock

En l’espace de quelques mois, BlackRock a vu deux grands fonds de pension néerlandais mettre fin à des contrats majeurs. En cause : des divergences profondes sur la stratégie climatique, la transparence et l’alignement avec les exigences européennes en matière d’investissement responsable

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Investissement responsable : les Pays-Bas se détournent de BlackRock © RSE Magazine

Mi-décembre 2025, un nouveau coup dur est venu fragiliser la position de BlackRock sur le marché néerlandais. Le fonds de pension PME, qui gère les retraites du secteur de l’ingénierie et de la métallurgie, a annoncé la fin de son contrat avec le gestionnaire d’actifs américain. Cette décision intervient après un premier retrait spectaculaire décidé quelques mois plus tôt par un autre acteur majeur.

BlackRock et le premier contrat perdu aux Pays-Bas sur fond de climat et de transparence

Le signal d’alerte a été donné au cours de l’année 2025. Le fonds de pension néerlandais PFZW, l’un des plus importants d’Europe dans le secteur de la santé et du social, a décidé de retirer un mandat majeur jusque-là confié à BlackRock, relate Markets Group. Le montant en jeu était considérable : environ 14,5 milliards d’euros d’actifs ont été réalloués, selon des informations rapportées par plusieurs médias financiers européens spécialisés dans l’investissement responsable.

Cette décision s’inscrivait dans une révision stratégique plus large du portefeuille de PFZW. Le fonds souhaitait renforcer la cohérence entre ses engagements climatiques et la manière dont ses actifs étaient effectivement gérés. Or, malgré une communication active sur la finance durable, BlackRock a été jugé insuffisamment aligné avec les objectifs climatiques de long terme fixés par le fonds néerlandais. PFZW estimait que la politique d’engagement actionnarial et la gestion du risque climatique du gestionnaire américain manquaient de clarté et de lisibilité.

Dans ce premier cas, la question de la transparence a pesé lourd. Les responsables du fonds ont considéré que la structure de gestion et la complexité de certains véhicules d’investissement rendaient plus difficile le suivi précis de l’exposition aux risques liés au climat. De plus, dans un contexte réglementaire européen de plus en plus exigeant, notamment avec la taxonomie verte et les obligations de reporting extra-financier, PFZW a souhaité reprendre un contrôle accru sur ses choix d’investissement en Europe.

BlackRock face à une seconde décision majeure : le retrait du fonds PME

Quelques mois plus tard, un second fonds de pension néerlandais a franchi le pas. Le fonds PME, qui gère environ 70 milliards de dollars d’actifs, a annoncé mi-décembre 2025 la fin de sa collaboration avec BlackRock pour une partie clé de son portefeuille actions. Le mandat concerné représentait environ 5 milliards d’euros, un montant significatif dans la stratégie d’investissement du fonds.

Selon les informations de Bloomberg, cette décision ne remet pas en cause la qualité opérationnelle du gestionnaire américain. Dans une déclaration officielle, PME a souligné que BlackRock avait fourni « des services de haute qualité pendant de nombreuses années ». Toutefois, le fonds a estimé que le gestionnaire ne correspondait plus à sa vision stratégique actuelle, centrée sur ce qu’il appelle le « Portefeuille de demain ».

Ce concept, développé par PME, vise à mieux intégrer les critères climatiques et de durabilité dans l’ensemble du processus d’investissement. Le fonds cherche notamment à réduire les risques de transition liés au changement climatique, tout en améliorant la compréhension fine des expositions sectorielles et géographiques. Or, malgré des échanges réguliers, les responsables de PME ont jugé que BlackRock ne répondait plus pleinement à ces attentes. Le contrat a donc été réattribué à deux gestionnaires, l’un néerlandais et l’autre européen, afin de renforcer l’ancrage local et la lisibilité des choix d’investissement.

Cette seconde rupture confirme une tendance lourde aux Pays-Bas. Les fonds de pension, très avancés sur les questions de RSE, cherchent à réduire le nombre de gestionnaires externes et à privilégier des partenaires jugés plus proches de leurs exigences en matière de gouvernance, de climat et de transparence. Pour BlackRock, cette perte de mandat, bien que limitée à une partie de son activité européenne, intervient dans un contexte déjà tendu sur les questions ESG.

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