Les forêts tropicales, ces joyaux de la planète, font face à une menace grandissante liée au réchauffement climatique. Ces biomes, parmi les plus chauds et humides de la Terre, voient leur équilibre perturbé par des « sécheresses chaudes » liées au réchauffement d’origine humaine. Cette dégradation pourrait pousser des forêts comme l’Amazonie vers un état climatique inédit depuis des millions d’années, que les scientifiques qualifient d’« hypertropical ». Un article récent de la revue Nature, dirigé par Jeff Chambers, professeur à l’université de Californie à Berkeley, tire la sonnette d’alarme sur ce phénomène émergent.
Climat « hypertropical » : un retour 10 à 40 millions d’années en arrière
Le terme « hypertropical » décrit un type de climat qui n’a pas été observé sur Terre depuis 10 à 40 millions d’années, aux périodes de l’Éocène et du Miocène. À l’époque, la température mondiale moyenne tournait autour de 28 °C, soit 14 °C de plus que la moyenne actuelle. La végétation était alors différente : on y trouvait moins de mangroves et moins d’arbres à feuilles persistantes qu’aujourd’hui près de l’équateur. Une telle bascule climatique pourrait bouleverser l’écosystème amazonien et toucher aussi les forêts tropicales d’Afrique de l’Ouest et d’Asie du Sud-Est.
Observations et mécanismes : comment les arbres réagissent
Les chercheurs ont étudié des données climatiques et biologiques sur 30 ans, principalement sur une parcelle de forêt au nord de Manaus, en Amazonie. Ils ont constaté une augmentation d’événements extrêmes, surtout pendant les années 2015 et 2023, liées à El Niño (phénomène climatique). On note notamment une hausse de l’évaporation, une baisse de l’humidité du sol, et la fermeture des stomates (les pores des feuilles). Quand les stomates se referment, l’absorption de CO2 diminue, ce qui freine la croissance des plantes et peut provoquer la mort d’arbres.
Par ailleurs, si l’humidité du sol tombe en dessous d’un seuil critique de 33 %, des bulles d’air se forment dans le xylème (le tissu qui transporte l’eau dans l’arbre). Ce phénomène, comparable à des « caillots » dans le sang, peut aussi être mortel pour les arbres.
Ce que ça change pour la biodiversité et la mortalité des arbres
Les taux de mortalité des arbres, aujourd’hui légèrement supérieurs à 1 % par an, pourraient atteindre 1,55 % d’ici 2100. Ce chiffre peut sembler modeste, mais il a des conséquences lourdes. Les arbres à croissance rapide, plus sensibles au stress hydrique, seraient les premiers à disparaître, laissant la place à des espèces plus résistantes comme l’ipé jaune (Handroanthus chrysanthus) et le shihuahuaco (Dipteryx micrantha). L’augmentation de la mortalité et les changements dans la composition des forêts risquent de déstabiliser le cycle mondial du carbone : ces forêts restent des puits majeurs de CO2, et leur altération pourrait rendre ce cycle moins stable.
Scénarios futurs : que peut-il se passer ?
Les projections montrent que, sans une réduction notable des émissions de CO2, les épisodes de sécheresse pourraient s’allonger jusqu’à 150 jours, empiétant sur la saison des pluies. Jeff Chambers avertit : « si nous continuons d’émettre sans contrôle, nous y arriverons plus tôt que prévu », rapporte Futura Sciences. Mais l’apparition d’un climat hypertropical n’est pas inévitable : tout dépend des trajectoires d’émission de CO2, ce qui place la responsabilité entre les mains de l’humanité.
- Les forêts tropicales australiennes deviennent des contributeurs inquiétants au réchauffement climatique.
- La déforestation des forêts tropicales a atteint des niveaux alarmants.
- Les effets dévastateurs du changement climatique sur les écosystèmes aquatiques de l’Amazonie sont alarmants.
- Les chercheurs appellent à une action urgente pour éviter des points de basculement irréversibles.








