L’absence d’upwelling au large du Panama est un phénomène océanographique sans précédent qui inquiète à l’échelle mondiale. Le cycle d’upwelling habituel — vital pour la biodiversité marine et les écosystèmes côtiers — a été interrompu, révélant un vrai signal d’alarme pour le climat global. Cette perturbation, inédite depuis quarante ans, soulève de nombreuses interrogations sur les effets dévastateurs du changement climatique sur les interactions entre l’océan et le climat.
Où ça se passe et ce qui a changé
D’après Futura Sciences, l’absence d’upwelling a touché le golfe du Panama, l’isthme du Panama, le canal de Panama et la façade pacifique de cette région tropicale. Normalement, les vents alizés du nord poussent les eaux de surface chaudes et permettent aux eaux froides et riches en nutriments de remonter des profondeurs. Ce cycle alimente la productivité marine et soutient des habitats vitaux, comme les récifs coralliens. Or, en 2025, non seulement ce processus s’est arrêté, mais la température de surface n’est descendue sous les 25 °C que pendant 12 jours, le refroidissement le plus marqué atteignant 23,3 °C. Une stratification thermique renforcée en profondeur a aggravé la situation.
Ce que disent les chercheurs et les instruments
Des institutions comme le Smithsonian Tropical Research Institute (STRI) et le Max-Planck Institute for Chemistry ont suivi le phénomène de près. Grâce à des satellites et à des campagnes de terrain, y compris à bord du voilier scientifique Eugen Seibold, les équipes ont constaté une absence totale de chlorophylle, signe d’un appauvrissement marqué de l’océan. Aaron O’Dea, biologiste affilié au STRI, a décrit l’océan comme ayant « perdu, cette année, son souffle vital ». Hanno A. Slagter, coauteur de l’étude parue en septembre 2025 dans le journal PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences), souligne que sans cette recherche détaillée, l’interruption de l’upwelling serait restée inaperçue.
Conséquences pour la nature et les gens
Cette interruption a provoqué une chute brutale de la productivité marine, touchant directement des espèces de base comme le phytoplancton, qui forme le socle de la chaîne alimentaire. Les stocks de poissons — notamment le maquereau et la sardine — se sont raréfiés, tout comme les céphalopodes. Les récifs coralliens n’ont pas bénéficié de leur refroidissement habituel, ce qui a augmenté les épisodes de blanchissement des récifs coralliens, tandis que la faune benthique subit une baisse de l’oxygène dissous.
Les répercussions ne s’arrêtent pas à l’écologie : les pêcheurs artisanaux du Panama, qui dépendent des ressources marines, encaissent des pertes économiques importantes. Des communautés côtières voient leur sécurité alimentaire menacée. Le sociologue Aaron O’Dea et ses collègues appellent à une réaction rapide, non seulement pour tenter de restaurer l’upwelling, mais aussi pour renforcer les réseaux d’observation et repenser la gestion des ressources marines.








