Moins d’humains, mais plus de problèmes : l’étrange paradoxe écologique qui frappe le Japon

Saviez-vous qu’une réduction de la population humaine n’est pas synonyme de retour à la biodiversité ?

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Moins d’humains, mais plus de problèmes : l’étrange paradoxe écologique qui frappe le Japon
Moins d’humains, mais plus de problèmes : l’étrange paradoxe écologique qui frappe le Japon © RSE Magazine

Depuis 1970, le monde a perdu 73 % de sa faune sauvage. Sur la même période, la population humaine a doublé, pour atteindre 8 milliards d’individus. Cette croissance démographique rapide est souvent présentée comme l’une des causes majeures du recul de la biodiversité mondiale. Pourtant, une étude récente publiée dans Nature Sustainability remet en question l’idée qu’une réduction du nombre d’humains se traduira automatiquement par un mieux pour la nature. Le Japon, qui connaît un déclin démographique, illustre bien la complexité du sujet.

Que montrent les tendances démographiques

Les Nations Unies (ONU) estiment que 85 pays, surtout en Europe et en Asie, verront leur population diminuer d’ici 2050, avec une baisse mondiale attendue d’ici 2100. L’étude s’est intéressée à savoir si ce « dividende lié à la dépopulation humaine » pouvait réellement mener à une restauration de l’environnement, en prenant le Japon comme cas d’étude.

Au Japon, le projet Monitoring Sites 1 000, porté par des centaines de citoyens depuis 2003, a rassemblé 1,5 million d’observations sur diverses espèces dans 158 sites couvrant des paysages boisés, agricoles et périurbains. Malgré un recul démographique marqué dans ces zones depuis les années 1990, l’érosion de la biodiversité a continué, même dans les régions où la population est restée stable mais vieillissement démographique.

Le Japon, un cas à part

Contrairement à l’évacuation rapide et presque totale de Tchernobyl, la dépopulation au Japon est progressive. Et cette baisse ne semble pas favoriser le développement ou la renaissance des écosystèmes. Paradoxalement, les humains jouent un rôle important dans le maintien d’habitats viables. Les pratiques agricoles traditionnelles — l’inondation et la gestion des rizières, l’entretien des vergers — contribuent à l’équilibre des milieux.

Avec la baisse des habitants, de nombreuses terres sont abandonnées, converties en zones d’agriculture intensive ou vendues à des promoteurs immobiliers, ce qui réduit l’espace disponible pour la faune et favorise la prolifération d’espèces non indigènes. Malgré la diminution du nombre d’humains, la faune sauvage voit son accès aux niches écologiques se restreindre.

Les problèmes structurels et les solutions proposées

Le Japon doit aussi faire face à des complications structurelles. Près de 15 % des habitations restent vacantes (akiya, maisons vides). Pourtant, plus de 790 000 nouveaux logements ont été construits en 2024, ce qui aggrave le phénomène d’infrastructures sous-utilisées — routes, centres commerciaux, parkings.

Les coûts élevés de démolition et de reconversion, des règles d’héritage complexes et des taxes foncières compliquent encore la gestion du foncier. Pour tenter de surmonter ces obstacles, l’étude préconise une gestion active de la biodiversité : convertir les terres inutilisées en réserves naturelles communautaires, investir dans des forêts naturelles pour obtenir des crédits carbone, etc. L’épuisement des ressources naturelles, y compris les stocks halieutiques et la déforestation, est mis en avant comme un risque systémique, ce qui invite gouvernements et entreprises à agir.

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