Les profondeurs marines, ces territoires encore méconnus de la planète, nous réservent de sacrées surprises grâce au submersible chinois Fendouzhe. Entre le 8 juillet et le 17 août 2024, ce petit bijou de technologie a effectué 23 plongées dans les fosses des Mariannes et des Kouriles, deux des zones les plus profondes du Pacifique. Cette aventure a permis de mettre en lumière des formes de vie étonnantes et d’enrichir notre savoir sur ces écosystèmes extrêmes grâce à une expédition scientifique.
Ce qu’on a découvert et ce que ça nous apprend
Lors de ses explorations, le Fendouzhe a atteint la fosse des Kouriles à une profondeur maximale de 10 542 mètres, dépassant ainsi la célèbre fosse des Mariannes qui culmine à 10 000 mètres. Les chercheurs ont ainsi repéré toute une brochette d’organismes abyssaux : des vers tubicoles, des mollusques bivalves, des crustacés épineux, mais aussi des concombres de mer et des lys de mer (crinoïdes), révélant une biodiversité inattendue. Des images tournées lors de l’expédition montrent notamment des vers pouvant mesurer jusqu’à 30 centimètres, ainsi que d’impressionnantes colonies de mollusques.
On en apprend beaucoup sur les moyens que ces organismes utilisent pour survivre sans la lumière du soleil. Dans ce monde plongé dans l’obscurité, ils dépendent de la chimiosynthèse, un procédé utilisant le méthane et le sulfure d’hydrogène émanant de fissures du fond marin pour se nourrir. Les colonies observées s’étendent sur plus de 2 500 kilomètres à des profondeurs allant de 5 800 mètres à 9 533 mètres, révélant une biodiversité inattendue et fascinante.
Le décor sous-marin et ses particularités géologiques
Les fonds marins étudiés par le Fendouzhe se distinguent par la présence de « cold seeps », ces zones où des fluides froids se manifestent, rivalisant avec les sources hydrothermales (comme les fumeurs noirs) en matière d’activité biologique. Ces milieux atypiques abritent des communautés qui se nourrissent par chimiosynthèse et pourraient être bien plus répandus qu’on ne le pensait. La production naturelle de méthane par les microbes présents dans ces zones est également un point mis en lumière par cette expédition.
Cette découverte soulève aussi des questions sur les conséquences potentielles du minage en haute mer sur ces milieux si particuliers, soulignant l’impact humain. Le débat international sur l’exploitation minière sous-marine s’intensifie, compte tenu des intérêts économiques liés à l’extraction de minerais précieux dans ces profondeurs encore largement inexplorées.
La tech et le savoir-faire humain
Le succès du Fendouzhe ne tient pas seulement à sa technologie moderne; il repose aussi sur l’expertise des équipes qui pilotent cette mission. Capable de descendre jusqu’à près de 11 kilomètres, le submersible est doté de deux bras mécaniques, sept caméras sous-marines, sept sonars, d’une foreuse hydraulique et de trois fenêtres d’observation. Il peut accueillir jusqu’à trois personnes, offrant ainsi une opportunité unique d’étudier de près ces environnements extrêmes.
Mengran Du, chercheuse à l’Institut des sciences et technologies des grands fonds marins et co-autrice de l’étude parue dans la revue Nature le 30 juillet 2025, évoque avec passion : « En tant que scientifique spéléologue, il n’y a rien de tel que le frisson de découvrir à travers son propre hublot d’observation ». François Lallier, professeur à Sorbonne Université, n’hésite pas à ajouter : « Le submersible chinois est unique au monde ».








