L’idée de déverser du fer dans les océans pour stimuler le phytoplancton et ainsi capter du dioxyde de carbone (CO₂) atmosphérique refait surface. Ce concept, longtemps mis de côté, prétend réduire l’effet de serre et freiner le changement climatique. Mais il pose beaucoup de questions sur son efficacité et ses risques pour les milieux marins.
Un peu d’histoire : les premières expérimentations
Les premières études sur la fertilisation océanique datent des années 1990 et 2000, avec treize expérimentations de terrain. Malgré des promesses initiales, ces projets ont donné des résultats mitigés, tout comme le ralentissement des courants marins pourrait avoir des effets imprévisibles. Les doutes sur l’efficacité pour le climat et sur les risques pour la biodiversité ont freiné l’enthousiasme et relégué l’idée au second plan pendant des années.
Marion Fourquez, océanographe biogéochimiste, souligne la montée rapide de l’intérêt actuel dans le magazine Reporterre : « Je suis complètement hallucinée de voir la vitesse à laquelle ça émerge. » Hélène Planquette, chercheuse au Laboratoire des sciences de l’environnement marin, note aussi que de nombreuses solutions proposées manquent de solides études sur leurs effets.
Qui est derrière cette idée ?
Plusieurs entreprises et startups comme Gigablue, une startup israélienne, et SkiesFifty, spécialisée dans l’aviation durable, surfent sur cette nouvelle mode. Elles ne sont pas seules : de nombreux entrepreneurs s’emparent de cette idée, promettant de maîtriser une technique controversée.
Parmi les institutions scientifiques et ONG, Giec, Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI) et Les Amis de la Terre jouent un rôle important en fournissant des outils d’analyse et des recommandations. Ken Buesseler, du WHOI, affirme : « Les effets délétères incertains de la fertilisation sont exactement la raison pour laquelle nous devons mener des études pilotes. »
Réactions et risques pour les océans
Les enjeux pour l’environnement marin sont sérieux, notamment à cause de l’acidification des océans qui pourrait s’aggraver avec des interventions mal maîtrisées. Des chercheurs s’inquiètent qu’une bonne partie du carbone piégé par le phytoplancton puisse remonter en surface en quelques semaines et être relâchée sous forme de CO₂. D’autres risques concernent une hausse de gaz à effet de serre secondaires comme le méthane (CH₄) et le protoxyde d’azote (N₂O), similaires aux émissions de méthane observées dans le transport maritime.
En octobre 2025, le rapport des ONG, Les Amis de la Terre et CIEL, met en avant un scénario logistique compliqué nécessitant des milliers de navires et de vastes opérations en mer pour produire un effet notable. Ces opérations pourraient perturber les écosystèmes marins et provoquer une pollution des écosystèmes marins importante liée au minage et au transport du fer.








