Un monstre endormi depuis des millénaires vient de bouger… et personne ne l’a vu venir

Une découverte surprenante remet en question tout ce que vous pensiez savoir sur les dorsales océaniques.

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La plus longue dorsale volcanique de la Terre en mouvement : une découverte inattendue
Un monstre endormi depuis des millénaires vient de bouger… et personne ne l’a vu venir © RSE Magazine

Une étude parue récemment dans Nature Communications rapporte une trouvaille étonnante à propos du Ninetyeast Ridge. Cette immense dorsale volcanique, cachée sous l’océan Indien, s’étend sur plus de 5 000 kilomètres. On pensait longtemps qu’elle se formait grâce à un point chaud figé sur place, mais les nouvelles recherches montrent que le point chaud de Kerguelen s’est déplacé de plusieurs centaines de kilomètres avec le temps, ce qui chamboule pas mal les idées établies en géologie.

Découverte et techniques utilisées

Les chercheurs ont constaté que le point chaud de Kerguelen ne s’est pas tenu en place comme on le croyait. En fait, il a connu quatre périodes distinctes de mouvement (en lien avec ses interactions avec la dorsale de propagation indo-antartique il y a environ 35 millions d’années). Pour arriver à ces conclusions, ils ont mis en œuvre des méthodes vraiment poussées : la datation géochimique de haute précision et l’imagerie sismique. En se servant de la géochronologie argon-argon (⁴⁰Ar/³⁹Ar), ils ont pu dater précisément d’anciennes coulées de lave. La tomographie sismique, quant à elle, a aidé à reconstituer le chemin du panache de Kerguelen.

Le Dr Hugo Olierook, chercheur à l’Université Curtin, explique : « Ce type de mouvement de point chaud se rencontre souvent, mais il est vraiment difficile à démontrer. » Ces techniques pointues apportent ainsi un regard neuf sur les déplacements des panaches mantelliques.

Révision des modèles géologiques et tectoniques

Cette découverte vient bousculer les modèles qui reposaient sur l’idée de points chauds fixes, tout comme l’anomalie géoïde de l’océan Indien met en lumière les mystères de la Terre. Le professeur Fred Jourdan, co-auteur de l’étude, précise : « Pendant des années, on s’est servi d’estimations un peu approximatives de l’âge du Ninetyeast Ridge pour bâtir des modèles de mouvement et de réorganisation des plaques tectoniques de la Terre. Avec une datation précisissimes, on peut maintenant recalibrer ces modèles avec beaucoup plus de finesse. »

Les conséquences sont nombreuses : il est possible que d’autres dorsales océaniques soient aussi issues de sources mantelliques en mouvement, influençant ainsi l’évolution géologique de notre planète. Cela pourrait bien nous faire revoir notre manière de penser la dérive des continents et l’évolution de la surface terrestre.

Déplacement des panaches mantelliques

Les panaches mantelliques, comme celui de Kerguelen, peuvent glisser latéralement dans le manteau supérieur à cause de réseaux de flux de matière ou à cause des interactions aux bords des plaques tectoniques. Des études récentes ont mis en lumière ce phénomène, avec des exemples concrets comme le déplacement du conduit sous l’est du Groenland vers l’Islande (environ 800 km) et celui du point chaud de La Réunion vers la dorsale centrale indienne (environ 1200 km).

La progression des âges le long du Ninetyeast Ridge ne suit pas une règle fixe. Les analyses effectuées sur les échantillons indiquent une fourchette allant de 83,0 ± 2,5 Ma à 45,90 ± 0,30 Ma. En plus, plusieurs rythmes moyens ont été relevés : 47 mm/an, 302 mm/an, 64 mm/an et 147 mm/an (ce qui révèle une vitesse variable selon les périodes).

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