TotalEnergies propulse l’éolien en mer au cœur de la Manche
Le 16 septembre 2025, le gouvernement encore dirigé par François Bayrou a officialisé l’attribution du projet Centre Manche 2 à un consortium réunissant TotalEnergies et l’énergéticien allemand RWE. Cette décision, annoncée la veille de la démission de l’exécutif, a pris de court nombre d’observateurs. Selon Les Échos, « le gouvernement Bayrou a choisi TotalEnergies et RWE pour construire un nouveau parc éolien en mer dans la Manche ».
Cette victoire positionne TotalEnergies comme un acteur central de l’éolien maritime français. Jusqu’ici, le groupe était surtout présent à l’international, notamment au Royaume-Uni avec le projet Seagreen, où il détient 25,5 % de parts dans un parc offshore de 1,1 GW, capable « d’alimenter environ 1,6 million de foyers écossais » (TotalEnergies, 2023).
En France, ce nouveau parc en mer devrait symboliser une première incursion de grande ampleur pour le groupe. Si peu d’éléments techniques ont encore été dévoilés – ni capacité exacte ni calendrier de construction – le dossier avance rapidement. L’attribution reste toutefois conditionnée, comme le rappelle Les Échos, « au versement des garanties financières ».
Une promesse environnementale sous conditions
TotalEnergies s’inscrit avec ce projet dans une dynamique gouvernementale ambitieuse. Le Syndicat des énergies renouvelables a récemment rappelé l’urgence de relancer le cadre réglementaire. Il appelle à « publier la nouvelle PPE au plus vite », cette Programmation pluriannuelle de l’énergie censée encadrer les grands appels d’offres jusqu’en 2035. Cette PPE prévoit notamment 8 à 10 GW d’éolien en mer d’ici fin 2025.
Sur le plan écologique, les chiffres plaident en faveur de cette filière. Selon une étude de l’ADEME relayée par Greenpeace, « l’éolien terrestre en France émet en moyenne 12,7 g de CO₂ par kWh produit, l’éolien maritime 14,8 g de CO₂ par kWh ». Des niveaux bien inférieurs à ceux des centrales fossiles, confirmant le rôle de l’éolien offshore dans la décarbonation.
Mais ces performances masquent une réalité plus complexe. La phase de construction – notamment le battage des pieux dans les fonds marins – génère des nuisances sonores et physiques parfois destructrices pour les écosystèmes. Le site Notre-Planète.info évoque des « effets négatifs sur la faune marine, notamment les mammifères sensibles aux ondes sonores ». Pour autant, plusieurs études démontrent que ces impacts ne sont ni systématiques ni durables. En Belgique, des chercheurs ont montré qu’« il n’y a pas d’impact significatif des parcs éoliens sur l’abondance des invertébrés et des poissons vivant sur les fonds sablonneux, et la biodiversité au-dessus du fond […] peut même accroître ».
Une avancée stratégique mais éthiquement surveillée
Derrière cette opération industrielle se cachent aussi des enjeux de transparence et d’éthique. TotalEnergies, en tant que multinationale issue historiquement du pétrole, doit démontrer que sa transition vers les renouvelables n’est pas purement opportuniste. Le recours à des turbines fabriquées en Europe, critère favorisé par l’appel d’offres, illustre une volonté politique d’encourager une chaîne de valeur locale et durable.
Mais au-delà des engagements techniques, des interrogations demeurent sur la gouvernance de tels projets. Qui contrôle les garanties financières ? Quel dialogue est mené avec les populations côtières, les pêcheurs ou les associations environnementales ? Et surtout, qui assume les responsabilités en cas de dommages à l’environnement marin ?
L’absence actuelle de données publiques sur la capacité, la durée de chantier ou les normes environnementales du projet laisse planer le doute sur l’exemplarité du processus. Dans un secteur où l’acceptabilité sociale devient aussi cruciale que la performance énergétique, TotalEnergies devra convaincre au-delà des chiffres.








