La santé mentale des salariés en France progresse légèrement, mais cette amélioration masque une fragilisation profonde du travail. À travers son baromètre 2025, fondé sur plus de 10 000 répondants, teale met au jour un paradoxe inquiétant : les individus vont mieux psychologiquement, tandis que les organisations peinent à créer un cadre de travail réellement soutenant.
Une santé mentale des salariés en très légère progression
Le baromètre montre que la santé mentale des salariés connaît une amélioration mesurée mais fragile. En 2025, le score moyen WHO-5 atteint 51 sur 100, contre 49 sur 100 en 2024, selon le baromètre. Ce niveau franchit de justesse le seuil d’alerte défini par l’Organisation mondiale de la santé, ce qui signifie que la santé mentale des salariés reste vulnérable malgré cette progression. En parallèle, l’indice global de bien-être développé par teale progresse légèrement, passant de 59 à 60 sur 100, confirmant une amélioration modérée mais non structurelle.
Cette évolution s’explique principalement par un renforcement des ressources individuelles. Le baromètre indique que les salariés déclarent mieux identifier leurs limites, utiliser davantage de stratégies de régulation émotionnelle et prendre plus soin de leur santé mentale. La capacité à gérer le stress dans la vie personnelle progresse de 4,5 points de réponses positives entre 2024 et 2025, tandis que le bien-être physique augmente de 4 points sur la même période. L’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle progresse également, bien que plus modestement, avec +1,6 point de réponses positives.
Cependant, cette amélioration de la santé mentale des salariés repose essentiellement sur des efforts individuels. Le baromètre souligne que les normes de self-care sont désormais intégrées par une majorité de collaborateurs. Autrement dit, les salariés ont appris à se protéger psychologiquement, souvent avec l’appui de leur employeur, mais sans pour autant percevoir une transformation équivalente de leur environnement de travail.
Santé mentale, reconnaissance et responsabilité de l’entreprise
Le baromètre met en évidence un décrochage entre les progrès individuels et la réalité organisationnelle. Plusieurs indicateurs clés du cadre de travail stagnent ou se dégradent, ce qui affecte directement la santé mentale des salariés. La reconnaissance au travail recule de 3 à 4 points selon les dimensions observées. En 2025, seuls 62 % des salariés estiment recevoir suffisamment de reconnaissance, contre 65,4 % en 2024, soit une baisse de 3,4 points.
Ce recul est d’autant plus significatif que les salariés sont désormais plus conscients de leurs compétences et de leurs efforts. Anaïs Roux, directrice scientifique de teale et psychologue du travail, explique que « les individus sont conscients de leurs capacités, des efforts qu’ils déploient et de la qualité de leur travail. Conséquence, ils attendent davantage de reconnaissance et de gratification en contrepartie de leur implication et de leur performance », selon le baromètre teale 2025.
Le stress au travail constitue un autre signal d’alerte majeur pour la santé mentale des salariés. Près de 4 salariés sur 10 déclarent ne pas avoir un niveau de stress acceptable dans leur travail, un chiffre en hausse de 2,5 points par rapport à l’année précédente. Si le stress est jugé plus gérable dans la sphère privée, il devient de moins en moins supportable dans le cadre professionnel. De plus, le sentiment de disposer de ressources suffisantes, qu’il s’agisse de temps, de moyens ou d’effectifs, reste quasi stable mais à un niveau jugé sous-optimal par les salariés.
Désaffiliation silencieuse et intention de départ : un signal fort du baromètre
L’un des enseignements les plus préoccupants du baromètre concerne la montée d’une désaffiliation silencieuse. La santé mentale des salariés et la productivité perçue progressent légèrement, mais les liens au travail s’érodent. En 2025, 73,8 % des salariés déclarent entretenir des relations positives au travail, contre 75,5 % en 2024, soit une baisse de 1,8 point. La fierté vis-à-vis du travail reste quasi stable, avec 71,8 % de réponses positives, sans réel rebond malgré l’amélioration de la santé mentale.
Cette érosion se traduit par des comportements de retrait. Les salariés continuent d’assurer leurs missions, mais avec moins d’initiative, moins d’investissement personnel et une disponibilité psychique réduite. Le baromètre décrit ainsi une zone grise, où les collaborateurs ne sont ni en crise aiguë, ni pleinement engagés, mais présents à bas bruit, en mode économie d’énergie.
Cette dynamique alimente directement l’intention de départ. En 2025, 35 % des salariés déclarent avoir envisagé de quitter leur entreprise pour protéger leur santé mentale, contre 30 % en 2024. Ce chiffre se stabilise à un niveau qualifié de structurellement élevé par le baromètre. Parmi les salariés ayant des velléités de départ, seuls 43,4 % se sentent reconnus pour leur travail, contre 72,6 % chez ceux qui souhaitent rester. De même, 49,7 % des candidats au départ estiment disposer de ressources suffisantes pour bien faire leur travail, contre 77 % parmi les salariés sans projet de démission. Le baromètre souligne que cette intention de départ n’est pas un défaut de loyauté, mais un signal d’alerte. Quitter son entreprise devient un arbitrage rationnel lorsque l’environnement de travail est durablement perçu comme défavorable à la santé mentale.








