Microsoft parie 800 millions sur la capture du CO₂ en Louisiane

Le volet financier de l’opération est à la hauteur des ambitions affichées. Microsoft soutient un investissement de 800 millions de dollars (environ 748 millions d’euros) dans les infrastructures d’AtmosClear.

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Microsoft parie 800 millions sur la capture du CO₂ en Louisiane © RSE Magazine

Le 15 avril 2025, Microsoft a officialisé la signature du plus important contrat mondial d’élimination permanente du carbone. Ce partenariat, scellé avec la société AtmosClear – filiale de l’entreprise américaine Fidelis –, cristallise à la fois les ambitions climatiques du géant technologique et les enjeux géo-industriels d’une stratégie de décarbonation à long terme. Le projet s’inscrit dans la volonté déclarée de Microsoft de devenir « carbone négatif » d’ici à 2030.

Microsoft engage sa stratégie RSE sur un projet de capture massif

Le contrat signé par Microsoft avec AtmosClear prévoit la capture de 6,75 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone (CO₂) sur une période de 15 ans. Ce chiffre, s’il impressionne, l’est d’autant plus qu’il s’appuie sur une technologie encore marginale dans les bilans carbone : la bioénergie avec captage et stockage du carbone, ou BECCS (Bioenergy with Carbon Capture and Storage).

AtmosClear – bras opérationnel de Fidelis New Energy – déploiera ce dispositif dans le port du Grand Baton Rouge, en Louisiane, sur un site dont les travaux débuteront en 2026. La mise en service commerciale est annoncée pour 2029. À terme, l’installation pourra éliminer jusqu’à 680 000 tonnes de CO₂ biogénique par an. Les matières premières ? Des résidus agricoles (comme la bagasse de canne à sucre) et des déchets forestiers issus de coupes responsables. L’énergie produite sera propre ; le carbone capté, lui, sera soit séquestré de manière permanente, soit réutilisé dans des carburants synthétiques à faible émission.

Un investissement stratégique à 800 millions d’euros : entre écologie et revitalisation industrielle

Le volet financier de l’opération est à la hauteur des ambitions affichées. Microsoft soutient un investissement de 800 millions de dollars (environ 748 millions d’euros) dans les infrastructures d’AtmosClear. Ce montant ne concerne pas uniquement la capture de carbone : il inclut le développement régional, les retombées sociales, et l’intégration de l’installation dans un tissu économique local marqué par le déclin de l’industrie forestière.

D’après les deux partenaires, ce projet devrait créer environ 600 emplois pendant la phase de construction et 75 postes permanents, tout en relançant les activités de gestion forestière – secteur gravement affecté ces dernières décennies par les fermetures de papeteries et la désindustrialisation rampante.

Microsoft et la neutralité carbone : un cap affirmé, une dépendance technique croissante

Ce contrat pharaonique s’inscrit dans une dynamique plus large amorcée par Microsoft depuis 2020 : devenir l’une des premières entreprises carbone négatif du classement Fortune 500. Un objectif qui ne se limite plus aux seules réductions d’émissions, mais qui intègre désormais de façon centrale l’achat de crédits d’élimination de carbone – qu’ils soient fondés sur la reforestation, la minéralisation ou, comme ici, sur la BECCS.

Mais cette stratégie interroge. Microsoft ne capture pas le carbone lui-même, et s’en remet à des tiers comme Fidelis. L’entreprise devient donc dépendante de la fiabilité, de la rigueur et de la traçabilité des prestataires avec lesquels elle contracte. Dans ce contexte, AtmosClear joue gros : la crédibilité du projet repose sur sa capacité à démontrer la pérennité du stockage du carbone, un défi encore insuffisamment éprouvé à l’échelle industrielle.

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