Loro Piana sous surveillance judiciaire : la RSE de LVMH à l’épreuve de la sous-traitance

La décision de justice relance la question des limites des politiques RSE dans les grands groupes internationaux, en particulier dans les secteurs impliquant une chaîne d’approvisionnement complexe.

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Magistrats et greffiers dénoncent l’approche statistique de la justice
Loro Piana sous surveillance judiciaire : la RSE de LVMH à l’épreuve de la sous-traitance © RSE Magazine


La récente décision de la justice italienne concernant Loro Piana interroge les dispositifs de contrôle mis en place par les grandes entreprises pour encadrer leur chaîne d’approvisionnement. La responsabilité sociétale du groupe LVMH, maison-mère du spécialiste du cachemire haut-de-gamme Loro Piana, est aujourd’hui au centre du débat.

Loro Piana : Un placement sous administration judiciaire en lien avec la chaîne de sous-traitance

Le 14 juillet 2025, le tribunal de Milan a placé la société Loro Piana Spa, détenue majoritairement par le groupe LVMH, sous administration judiciaire pour une durée d’un an. Selon l’ordonnance rendue publique, cette décision repose sur l’absence de dispositifs de contrôle suffisants pour prévenir l’exploitation de travailleurs dans la chaîne de sous-traitance. La justice ne remet pas en cause directement les pratiques internes de Loro Piana, mais évoque une « négligence organisationnelle » ayant permis la persistance de pratiques contraires au droit du travail italien chez certains prestataires.

Le schéma évoqué par les magistrats fait apparaître plusieurs niveaux de sous-traitance. La fabrication de vêtements était confiée à Evergreen Fashion Group Srl, qui la répercutait à Sor-Man, laquelle travaillait avec des ateliers situés à Baranzate et Senago. Ces structures employaient des travailleurs d’origine chinoise dans des conditions non conformes à la réglementation : horaires excessifs, absence de contrat formel, logement sur le lieu de travail, absence de dispositifs de sécurité.

Le procureur Paolo Storari précise que cette organisation n’implique pas une volonté directe de la part de Loro Piana, mais met en cause une carence de contrôle en amont et en aval du processus de production. Il s’agit, selon les termes de l’ordonnance, d’un « manquement aux obligations de surveillance découlant de la délégation productive ».

La sous-traitance : une problématique au cœur des enjeux RSE

La décision de justice relance la question des limites des politiques RSE dans les grands groupes internationaux, en particulier dans les secteurs impliquant une chaîne d’approvisionnement complexe. Bien que Loro Piana déclare avoir mis en œuvre une politique de conformité sociale, le tribunal relève une « absence de mécanismes de vérification réels » et « des audits limités à des contrôles documentaires », sans descente sur site ni évaluation des pratiques réelles des sous-traitants.

Le cas de Loro Piana n’est pas isolé. Selon Il Sole 24 Ore, plusieurs autres marques de luxe opérant en Italie ont été récemment concernées par des procédures similaires. Cette tendance souligne les risques juridiques, réputationnels et opérationnels pour les groupes qui ne renforcent pas leur gouvernance sociale sur l’ensemble de leur filière.

Le rôle du groupe LVMH dans la gouvernance RSE

LVMH, maison mère de Loro Piana, affiche depuis plusieurs années une politique RSE structurée. Le groupe met en avant une charte éthique et un plan de vigilance conformément à la loi française sur le devoir de vigilance de 2017. Ce plan impose aux entreprises de plus de 5 000 salariés de prévenir les atteintes aux droits humains dans l’ensemble de leurs activités et celles de leurs sous-traitants. Cependant, dans ce dossier, les autorités italiennes considèrent que ces dispositifs n’ont pas permis une application effective au niveau local. Les administrateurs judiciaires auront pour mission d’évaluer et renforcer les mécanismes de traçabilité et de contrôle tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

L’administration judiciaire décidée par le parquet de Milan n’a pas pour autant pour objet de sanctionner pénalement Loro Piana ou LVMH. Il s’agit d’un outil préventif prévu par la législation italienne pour corriger les failles organisationnelles, protéger les salariés concernés et prévenir la répétition d’infractions sociales. Cette mesure prévoit une collaboration étroite entre l’entreprise et les administrateurs désignés par le tribunal, avec une feuille de route portant sur la vérification des contrats, la révision des procédures d’audit, la traçabilité des flux de production et la conformité sociale des fournisseurs

Loro Piana, de son côté, a diffusé le 14 juillet 2025 un communiqué en réponse à la décision du Tribunal de Milan : Loro Piana prend acte de la notification reçue aujourd’hui de la part de la Sezione Misure di Prevenzione du Tribunal de Milan concernant les pratiques de travail au sein d’un sous-traitant non déclaré et non autorisé de l’un de ses fournisseurs.
Loro Piana a été informée de cette situation le 20 mai et, en conséquence, la Maison a mis fin à toute relation avec le fournisseur concerné en moins de 24 heures.
Loro Piana condamne fermement toute pratique illégale et réaffirme son engagement indéfectible en faveur du respect des droits humains et de la conformité à toutes les réglementations en vigueur tout au long de sa chaîne d’approvisionnement.
Loro Piana est déterminé à veiller à ce que l’ensemble de ses fournisseurs respecte les normes éthiques et de qualité les plus strictes de la Maison, conformément à son Code de Conduite. Dans cette optique, Loro Piana mène régulièrement des activités de contrôle et d’audit, qu’elle continuera à renforcer.
Les coûts évoqués ne reflètent pas les montants réellement versés par Loro Piana à son fournisseur et ne prennent pas en compte l’ensemble des éléments constitutifs de la valeur des produits, notamment les matières premières et les tissus.
Loro Piana exprime sa pleine volonté de coopérer avec les autorités compétentes dans le cadre de cette affaire et entend apporter toute contribution nécessaire à d’éventuelles enquêtes complémentaires.

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