Trop loin, trop cher, trop étroit. À l’heure où l’inflation s’essouffle doucement – avec une baisse de 0,3 point en mai 2025 selon l’INSEE –, les attentes des Français en matière de logement explosent. Le nouveau baromètre Ipsos pour SOFIAP, publié le 17 juin 2025, révèle un malaise persistant : pouvoir se loger dignement, à proximité de son travail, devient un luxe inaccessible pour des millions de salariés. Et cela redessine, en profondeur, les relations professionnelles.
Le logement, un gouffre budgétaire qui isole les salariés
Le logement pèse aujourd’hui 27 % des dépenses finales des ménages, contre 22 % dans les années 1980. Une charge si lourde que 53 % des salariés affirment qu’ils doivent se priver pour pouvoir assumer leur toit. Les frais fixes – loyer, charges, emprunts – grignotent leur reste à vivre et les contraignent à renoncer à bien plus qu’un confort : loisirs, alimentation, santé. Et parfois même… à leur emploi.
Car si le logement devient insupportable, les conséquences professionnelles s’ensuivent. 37 % des salariés envisageraient de quitter leur entreprise s’ils ne parviennent pas à acquérir le logement qui leur correspond. Ce chiffre grimpe à 57 % chez les moins de 30 ans, 46 % chez les non-propriétaires, et 44 % en région parisienne.
Distance, fatigue, dépenses : la fracture domicile-travail
La question de la distance entre domicile et travail est au cœur du malaise. 26 % des salariés jugent cette distance “inacceptable”. Un sur quatre consacre au moins une heure par jour à ses trajets, et en région parisienne, 15 % dépassent les deux heures quotidiennes. Ces allers-retours interminables ont un prix : 32 % des salariés déboursent au moins 100 euros par mois, 7 % dépassent les 200 euros, même après remboursement partiel par l’entreprise.
Conséquence directe : 25 % aimeraient déménager pour se rapprocher de leur emploi. Et s’ils ne le peuvent pas, ils partent. Le logement devient ainsi un facteur de mobilité professionnelle forcée, au détriment de la stabilité.
Un logement inadapté : télétravail impossible, vie privée comprimée
Télétravailler depuis son canapé ou la table de la cuisine ? Un défi quotidien pour une large part des salariés. Le baromètre révèle que 30 % vivent mal l’absence d’un espace dédié au télétravail, et 6 % qualifient la situation de “vraiment compliquée”. Plus préoccupant : 17 % disent avoir été empêchés de télétravailler chez eux faute de conditions adéquates.
L’exiguïté des logements accentue cette détresse. 24 % des salariés estiment qu’ils manquent de place, 13 % n’ont pas de salon, et 18 % ne disposent pas d’une chambre pour chaque membre du foyer. 46 % pensent devoir changer de logement dans les années à venir – un chiffre qui explose à 68 % chez les moins de 30 ans.
Quand le logement remet en cause les projets de vie
Un mauvais logement, ce n’est pas qu’un inconfort. C’est aussi un frein aux projets personnels. En 2025, 17 % des salariés ont reporté la naissance d’un enfant, 16 % y ont renoncé totalement. 15 % ont différé leur installation en couple. Et 27 % ont quitté leur ville pour espérer mieux ailleurs.
Ces renoncements ne sont pas sans conséquences pour les entreprises. Ils traduisent une instabilité croissante, un mal-être diffus qui alimente le désengagement professionnel.
Les entreprises sous pression : un devoir d’action ?
Dans ce contexte, les employeurs ne peuvent plus ignorer l’enjeu logement. Et pourtant, seuls 26 % des dirigeants estiment que leur entreprise en fait assez sur ce sujet. Pour Mickaël Le Nezet, président du directoire de SOFIAP :
« Ce baromètre met en lumière la difficulté des Français à accéder à un logement qui correspond à leurs besoins […]. La part importante que prend le logement dans le budget total des répondants les amène à faire des sacrifices dans leur quotidien. […] Heureusement, des solutions RH existent pour soutenir les salariés dans leur accession à la propriété […]. »
Parmi les pistes évoquées : les prêts aidés, les aides à la mobilité géographique, les partenariats avec des bailleurs ou la création d’offres internes de logement socialisé.
Le télétravail, un levier à ne pas négliger
Investir dans le télétravail, c’est aussi investir dans le logement… à distance. Permettre aux salariés d’aménager une pièce dédiée, ou de bénéficier d’aides matérielles pour travailler confortablement chez eux, pourrait transformer leur quotidien – et leur loyauté envers l’entreprise.
Le logement n’est plus un simple paramètre personnel : il est devenu un indicateur de bien-être, de productivité, de fidélité. Dans un monde du travail bouleversé par les mutations géographiques et sociales, les entreprises qui sauront anticiper les besoins résidentiels de leurs collaborateurs auront une longueur d’avance. Faute de quoi, elles risquent de les voir partir… ou s’éteindre à petit feu.








