Insolite : ils ont rendu ces mouches accro à la cocaïne

Des mouches à fruits développent une dépendance à la cocaïne en seulement 16 heures !

Publié le
Lecture : 2 min
Insolite : ils ont rendu ces mouches accro à la cocaïne
Insolite : ils ont rendu ces mouches accro à la cocaïne © RSE Magazine

Des chercheurs de l’Université de l’Utah, dirigés par le professeur Adrian Rothenfluh, ont récemment mené une étude passionnante sur les mouches à fruits, ou Drosophila melanogaster. Ils ont réussi à modifier ces insectes pour qu’ils développent une dépendance à la cocaïne en seulement 16 heures. Cette découverte ouvre de nouvelles pistes pour mieux saisir le fonctionnement des addictions et pourrait bien orienter le développement de traitements.

La drosophila : un modèle sympa pour la recherche

La Drosophila melanogaster est utilisée depuis longtemps comme modèle en biologie. Avec environ 75 % des gènes liés aux maladies humaines, elle offre un terrain d’expérimentation intéressant. Ses organes, qui ressemblent étonnamment à ceux des humains, renforcent encore son utilité dans ces études.

Cependant, un petit souci avait été constaté dès le départ : ces mouches trouvent naturellement la cocaïne répugnante, préférant nettement de l’eau sucrée toute simple à celle enrichie de cette substance. Ce comportement s’explique par la présence de récepteurs du goût amer sur leurs pattes. Comme l’explique Adrian Rothenfluh, « cette aversion vient des récepteurs gustatifs situés sur les segments tarsiens ».

Astuce génétique et résultats prometteurs

Pour contourner cette répulsion naturelle, les chercheurs ont utilisé des techniques avancées de silençage génique afin de désactiver les récepteurs responsables du goût amer. En moins d’une journée, les mouches se sont mises à préférer l’eau contenant de la cocaïne. À doses faibles, elles deviennent hyperactives, alors qu’à doses plus élevées, elles se retrouvent paralysées – un comportement qui rappelle celui observé chez les humains.

L’intérêt d’utiliser la Drosophila repose aussi sur son cycle de vie très court (environ deux semaines), ce qui permet de tester rapidement l’effet de multiples gènes impliqués dans la dépendance. « On peut faire évoluer la recherche très vite chez ces mouches », explique Travis Philyaw.

Vers des applications médicales et des recherches futures

Les travaux d’Adrian Rothenfluh et de son équipe pourraient bien changer la donne pour la médecine. Les mouches à fruits pourraient servir d’outil pour tester de nouveaux médicaments destinés à lutter contre la dépendance et pour mieux comprendre les facteurs génétiques liés aux troubles liés à l’usage de substances, comme le CUD (Cocaine Use Disorder). Pour l’instant, aucune pharmacothérapie n’a été approuvée par la FDA pour traiter le CUD.

Les prochaines étapes incluent l’étude des mécanismes de tolérance, de sevrage et de rechute à l’aide de ce modèle, à la fois économique et rapide à mettre en place. « On commence vraiment à saisir comment la préférence pour la cocaïne s’installe, et plus on comprend le mécanisme, plus on a de chances de trouver un traitement capable d’agir dessus », précise Adrian Rothenfluh.

Un avenir porteur dans la recherche sur les addictions

Cette approche innovante avec les mouches à fruits ouvre un nouveau chapitre dans l’étude des addictions chez l’homme. En neutralisant leur réaction naturelle négative envers la cocaïne, ces insectes se révèlent être un modèle inattendu mais précieux pour comprendre comment naît une dépendance chez des individus génétiquement prédisposés au CUD.

Laisser un commentaire