Une équipe internationale de scientifiques a fait une percée en Antarctique occidental, sur le site reculé de Crary Ice Rise, à environ 700 km de la station scientifique la plus proche. Pendant deux mois d’opération, 29 personnes, scientifiques, foreurs et ingénieurs, ont travaillé en rotations continues pour percer plus de 523 m de glace et atteindre les sédiments enfouis sous la calotte, explique le média espagnol Muy Interesante.
Un projet international pour savoir comment la calotte réagit au réchauffement
L’initiative, appelée SWAIS2C (Sensitivity of the West Antarctic Ice Sheet to 2°C), cherche à comprendre comment la calotte de l’Antarctique occidental a répondu aux réchauffements globaux passés et à mesurer sa sensibilité à une hausse de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Ce seuil de 2 °C correspond à l’objectif fixé par l’Accord de Paris, ce qui donne à cette recherche une portée à la fois scientifique et politique.
Forage et analyses : comment ils ont procédé
La technique utilisée combine un forage à l’eau chaude pour ouvrir un premier conduit dans la glace, puis plus d’un kilomètre de tubage a été descendu pour récupérer une carotte de sédiments de 228 m, la plus longue jamais forée sous une calotte glaciaire. Sur place, chaque segment de carotte a été décrit, photographié et soumis à des analyses préliminaires. Les échantillons seront ensuite envoyés dans des laboratoires internationaux pour des examens plus poussés.
Ce que disent les couches sédimentaires
Les stratigraphies montrent une grande variabilité : des couches indiquent un milieu de glace ancrée, d’autres un environnement marin éclairé, suggérant la présence d’écosystèmes cachés. Ces éléments suggèrent que Crary Ice Rise n’a pas toujours été recouvert de glace, alternant entre périodes de forte présence glaciaire et phases d’océan ouvert. Les estimations préliminaires de datation indiquent que la carotte couvre jusqu’à 23 millions d’années, offrant un enregistrement sans précédent des conditions climatiques sur des millions d’années.
Ce que ça change pour notre compréhension du climat
L’Antarctique occidental est particulièrement vulnérable parce qu’une grande partie de sa base se trouve sous le niveau de la mer, ce qui la rend sensible aux rivières sous-glaciaires. Cette configuration la rend sensible à l’intrusion d’eaux océaniques chaudes, qui peuvent accélérer la fonte. Les données satellites récentes montrent une perte de masse accélérée dans la région. En cas de fonte totale de la calotte, l’élévation du niveau de la mer pourrait atteindre 4 à 5 mètres.








