Finance solidaire : un modèle plus résilient que l’économie classique ?

Les données 2025 montrent que la finance solidaire est un modèle économique capable de conjuguer utilité sociale, création d’emplois et solidité financière.

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Dans un contexte marqué par le ralentissement de l’activité et la fragilisation de nombreux dirigeants, la question de la résilience des entreprises revient au centre du débat économique. La publication du bilan 2025 de France Active apporte à cet égard des éléments chiffrés particulièrement éclairants pour le champ de l’économie sociale et solidaire (ESS). Les données révèlent non seulement une dynamique soutenue d’accompagnement, mais surtout une capacité de résistance supérieure à la moyenne nationale.

La finance solidaire permet une pérennité accrue des entreprises

En 2025, 40 500 entrepreneurs ont été accompagnés par le réseau France Active, contre 37 000 l’année précédente. Au total, 465 millions d’euros ont été mobilisés au service de la création, de la reprise et du développement d’entreprises engagées. Résultat : la création ou la consolidation de 72 200 emplois, un niveau en progression par rapport aux 70 000 emplois recensés en 2024. Dans une conjoncture économique tendue, ces chiffres positionnent la finance solidaire comme un amortisseur économique à part entière.

L’indicateur le plus structurant reste toutefois le taux de pérennité des entreprises soutenues. Cinq ans après leur création ou leur reprise, 81 % d’entre elles sont toujours en activité, contre 69 % en moyenne au niveau national selon l’Insee. L’écart de douze points est significatif. Il suggère que l’accompagnement financier adossé à un suivi stratégique renforce durablement la solidité des structures, y compris dans des environnements dégradés. Cette performance se double d’un impact sur l’emploi : les entreprises financées doublent en moyenne leurs effectifs en cinq ans, avec des postes majoritairement pérennes et non délocalisables, contribuant ainsi à la stabilité des bassins d’activité locaux.

Multiplier les leviers de financement

La robustesse du modèle de France Active et du financement solidaire tient également à son effet levier. Chaque euro apporté permet de mobiliser en moyenne trois euros de financements complémentaires auprès d’autres partenaires financiers. Ce mécanisme démultiplie l’impact initial et favorise l’ancrage territorial des projets. La répartition des financements illustre d’ailleurs la structuration de cette ingénierie financière : 315 millions d’euros ont été engagés en prêts bancaires garantis, 87 millions en prêts garantis auprès d’acteurs du microcrédit, 52,3 millions en investissements solidaires, 9,5 millions en prêts personnels et 1,2 million en primes.

Au-delà des volumes mobilisés, la résilience observée s’explique par le profil des entrepreneurs accompagnés et par l’intensité du suivi proposé. Tous les créateurs soutenus étaient en recherche d’emploi. Parmi eux, 37,9 % se trouvaient en situation de grande précarité et 32,7 % résidaient dans des territoires fragiles, qu’il s’agisse de zones de revitalisation rurale ou de quartiers prioritaires de la politique de la ville. Près d’un créateur sur deux est une femme, 30,7 % ont moins de 30 ans et 51,3 % disposent d’un niveau d’études inférieur ou égal au baccalauréat. Le modèle démontre ainsi qu’inclusion sociale et performance économique ne sont pas antinomiques.

Face à la montée des fragilités, l’accompagnement a été renforcé en 2025. Le nombre d’entrepreneurs ayant bénéficié de formations, de parcours de professionnalisation ou de temps collectifs d’échanges a progressé de 20 % en un an, atteignant 11 446 bénéficiaires. Parallèlement, la part des structures accompagnées en phase de relance est passée de 8 % à 13 %, traduisant une capacité accrue d’intervention préventive. Les retours des bénéficiaires confirment l’importance de cet appui : 70 % des entrepreneurs les plus fragiles estiment que l’accompagnement a été décisif pour développer leurs compétences et 59 % déclarent avoir élargi leur réseau professionnel grâce à ce soutien.

Ces résultats interrogent la perception souvent répandue d’une ESS cantonnée à une logique de réparation sociale. Les données 2025 montrent au contraire un modèle économique capable de conjuguer utilité sociale, création d’emplois et solidité financière. La finance solidaire apparaît ici comme un vecteur de stabilisation des territoires, notamment dans les secteurs identifiés comme prioritaires à l’horizon 2030, tels que l’agriculture et l’alimentation durable, le réemploi et le recyclage, la mobilité durable ou encore la rénovation de l’habitat.

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