Le 14 avril 2025, une nouvelle étude d’Indeed et Censuswide a tiré la sonnette d’alarme : 96 % des salariés interrogés estiment que les entreprises doivent mieux s’adapter à leurs attentes en matière de souplesse et d’équilibre vie privée-vie professionnelle. Au cœur de ces attentes, un principe pourtant gravé dans la loi depuis 2017 : le droit à la déconnexion. Mais sept ans après son instauration, ce droit est-il respecté ? Rien n’est moins sûr, à en croire les chiffres accablants de l’étude.
Présentéisme numérique : quand rester tard vaut plus que bien travailler
Le mot est vieux, la pratique plus que jamais vivace : le présentéisme s’est métamorphosé à l’ère digitale. En 2025, il ne s’agit plus seulement de rester assis à son bureau jusqu’à la nuit tombée, mais de prouver son engagement par la disponibilité permanente. Et les chiffres sont glaçants : 39 % des salariés se sentent obligés de rester tard pour montrer leur engagement, et cette proportion grimpe à 62 % chez les 16-24 ans, signe d’un rituel d’intégration tacite. Pire encore, 48 % des sondés estiment que la présence physique prime sur les résultats réels. Comme le résume un passage de l’étude : « Faire acte de présence est perçu comme plus important que produire des résultats tangibles. »
Droit à la déconnexion : affiché sur le papier, ignoré dans les faits
Le droit à la déconnexion a-t-il encore un sens ? Officiellement, 74 % des recruteurs affirment que le sujet est devenu central dans leur entreprise. Mais la réalité contredit cette posture vertueuse : seuls 42 % des salariés déclarent que des mesures concrètes sont mises en place. Une même proportion dénonce le fait que leur manager ne respecte pas ce droit pourtant sacralisé par leur entreprise.
Cette dissonance est d’autant plus criante chez les jeunes : 53 % des 16-24 ans estiment que leur hiérarchie ne respecte pas la déconnexion. Le double discours est manifeste. 66 % des recruteurs affirment que les mails ne devraient pas être lus en dehors des horaires de travail, mais 13 % admettent attendre de leurs équipes qu’elles restent joignables, et 21 % préfèrent ne pas se prononcer.
Surcharge numérique : quand l’e-mail devient une entrave à la santé
L’étude démontre que 16 % des salariés lisent leurs courriels professionnels tard le soir, une tendance encore plus marquée chez les 25-34 ans (27 %), souvent coincés entre les exigences professionnelles et la logistique familiale.
Les parents sont particulièrement exposés : 19 % reprennent leur travail en soirée, contre 15 % pour les couples sans enfants. Et même en vacances, la coupure est difficile : 24 % continuent à consulter leurs messages professionnels, avec une légère surreprésentation chez les femmes (25 % contre 22 % chez les hommes).
Ce parasitage constant engendre un stress bien réel : 17 % des salariés se sentent stressés par le volume d’e-mails reçus, un chiffre qui grimpe à 20 % chez les plus de 55 ans.
L’hypocrisie des dispositifs et les effets d’affichage
Certaines entreprises se targuent d’initiatives : 39 % rappellent à leurs managers de ne pas contacter leurs équipes hors horaires, 36 % fournissent des portables professionnels, et 33 % proposent des politiques de flexibilité. Pourtant, ces efforts peinent à convaincre. Seuls 23 % intègrent le droit à la déconnexion dans leurs offres d’emploi.
Plus frappant encore, 12 % des recruteurs admettent ne prendre aucune mesure. Une proportion non négligeable, dans un contexte où 29 % des salariés considèrent ce droit essentiel dans le choix d’un nouveau poste.
La conséquence ? Un profond besoin d’alignement entre les discours corporate et la réalité vécue sur le terrain. « Les salariés, en quête de sens et d’équilibre, attendent des entreprises qu’elles traduisent leurs engagements en actions concrètes », affirme Eric Gras, spécialiste du marché de l’emploi chez Indeed France. Il poursuit : « Le respect du droit à la déconnexion, la lutte contre le présentéisme et la gestion de la surcharge numérique ne doivent plus rester des intentions… mais devenir les piliers d’une culture du travail durable, humaine et respectueuse. »








