Un véritable tollé a éclaté au Brésil après que des enquêtes ont révélé que des requins en danger d’extinction se retrouvaient dans les repas servis en cantine. Un réseau commercial tordu mêlant importations autorisées, pêches non réglementées et étiquetages trompeurs. Qui plus est, la question soulevée porte sur la sauvegarde de la biodiversité et nos habitudes alimentaires.
Des espèces en péril au cœur de l’affaire
Au centre de la polémique, l’ange de mer se retrouve sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Parmi les espèces concernées figurent l’ange de mer angulaire et l’ange de mer argentin, que l’on trouve le long des côtes brésiliennes et argentines. Ces requins se font souvent attraper par accident lors de pêches au chalut ou avec des filets laissés au fond, ce qui perturbe gravement leur environnement naturel.
La grande popularité commerciale de l’ange de mer s’explique par sa chair ferme et sans arêtes, vendue sous le nom un peu flou de « cação ». Ce terme permet de dissimuler l’identité réelle de ces espèces menacées, facilitant ainsi leur commerce malgré leur rôle écologique.
Un circuit de vente opaque et des règles contournées
Le parcours du requin jusqu’aux cantines commence souvent dans les cales des bateaux, où il est récupéré comme produit secondaire. On distingue deux circuits : les captures locales – parfois en infraction –, et les importations en provenance d’Argentine ou d’Uruguay. Même si la réglementation brésilienne interdit la capture et la vente d’espèces menacées, elle ne bloque pas leur importation.
Entre 2015 et 2025, plus de 211 tonnes d’ange de mer ont été impliquées dans 52 marchés publics. Des municipalités telles que Porto Alegre et Gravataí ont ainsi commandé plusieurs dizaines de tonnes pour alimenter leurs cantines scolaires et hôpitaux. Ce qui montre clairement que dans les administrations locales, il y a un vrai flou sur l’origine des produits achetés.
Les tests ADN tirent la sonnette d’alarme
Des analyses génétiques réalisées par l’Université fédérale du Ceará ont démontré que les produits labellisés « cação » proviennent bien d’espèces protégées comme l’ange de mer. Ces tests ADN soulignent à quel point il est compliqué de tracer l’origine du poisson une fois découpé. L’étiquetage générique rend d’autant plus difficile l’identification des ventes illicites.
Les contrôles officiels reposent souvent sur des papiers trafiqués et les inspections restent rares, surtout en mer ou dans les zones reculées où ont lieu les débarquements. Pour tenter de sortir de l’impasse, des équipes scientifiques développent des tests ADN rapides qui permettront de repérer plus facilement les espèces concernées.








