Decathlon et les accusations de travail forcé : que révèlent les enquêtes de Cash Investigation et Disclose ?

Ce n’est pas la première fois qu’une grande marque est épinglée pour son recours à des fournisseurs exploitant des travailleurs.

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Decathlon et les accusations de travail forcé : que révèlent les enquêtes de Cash Investigation et Disclose ? | RSE Magazine

Decathlon, l’enseigne emblématique du sport en France, est aujourd’hui dans la tourmente. Le 6 février 2025, une nouvelle enquête diffusée la veille au soir par Cash Investigation et une série de révélations du média Disclose ont placé Decathlon sous les projecteurs. L’enseigne sportive est accusée de bénéficier indirectement du travail forcé de la minorité ouïghoure en Chine. En cause, son fournisseur Qingdao Jifa Group, un groupe chinois suspecté d’utiliser un réseau de travailleurs forcés. Si Decathlon nie toute complicité et affirme s’engager pour des pratiques éthiques, ces révélations relancent le débat sur la responsabilité des entreprises dans le choix de leurs sous-traitants.

Decathlon, un champion du « low cost » sous surveillance

Depuis des années, Decathlon est présenté comme un modèle de réussite française. Offrant des équipements sportifs à prix abordables, l’enseigne s’est imposée comme un leader mondial. Mais à quel prix ?

L’enquête de Cash Investigation démontre que Decathlon, comme d’autres géants du textile avant lui, a choisi de minimiser ses coûts de production en s’approvisionnant auprès de fournisseurs en Chine. Selon les informations obtenues par Disclose, l’un de ses sous-traitants, Qingdao Jifa Group, est accusé de recourir au travail forcé de Ouïghours.

Ce que révèle l’enquête :

  • Des ouvriers ouïghours, déplacés de force, travailleraient dans des usines liées au groupe Qingdao Jifa.
  • Ce même fournisseur fournirait du coton provenant du Xinjiang, région connue pour ses violations des droits de l’homme.
  • L’entreprise ne serait pas la seule à travailler avec Qingdao Jifa, plusieurs autres marques de textile étant également concernées.

Une stratégie commerciale qui pousse à l’exploitation

Selon France 3 Hauts-de-France, l’empire Mulliez, propriétaire de Decathlon, Leroy Merlin et Auchan, est visé par plusieurs enquêtes. En cause, une politique de réduction drastique des coûts qui favoriserait des pratiques abusives chez ses fournisseurs. Disclose a ainsi mis en lumière les méthodes utilisées dans les usines qui fabriquent les produits Decathlon. Un reportage vidéo montre des ouvrières travaillant sans protection avec des colles toxiques sur des chaussures de la marque Kalenji.

Les pratiques dénoncées :

  • Embauche d’adolescents dans les chaînes de production.
  • Usines clandestines où les conditions de travail sont déplorables.
  • Pression financière extrême sur les fournisseurs, les poussant à adopter des pratiques contraires aux droits fondamentaux.

La réaction de Decathlon : entre communication de crise et démenti

Face à ces accusations, Decathlon a immédiatement réagi. Dans un communiqué publié avant même la diffusion de l’enquête, la marque tente de rassurer ses clients en affirmant que 100 % du coton utilisé dans ses produits provient de sources responsables. « Nous condamnons avec fermeté toute forme de travail forcé. Nous sommes engagés au quotidien pour garantir l’intégrité et le respect des droits fondamentaux au sein de nos activités et de notre chaîne de valeur, et nous n’hésiterons pas à prendre toutes les mesures nécessaires si les faits étaient avérés. » Cependant, ces déclarations ne convainquent pas les ONG et les journalistes d’investigation. En effet, le groupe reconnaît s’approvisionner auprès de Qingdao Jifa Group tout en niant toute complicité avec des pratiques de travail forcé.

Ce n’est pas la première fois qu’une grande marque est épinglée pour son recours à des fournisseurs exploitant des travailleurs. Des entreprises comme Nike ou Zara ont déjà fait l’objet de scandales similaires, sans que leur succès commercial ne soit réellement affecté à long terme.

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