En 2025, les investissements dans les cleantech françaises ont marqué le pas. Avec 1,9 milliard d’euros investis dans 126 entreprises, le secteur enregistre une baisse de 20 % par rapport à 2024. Un ralentissement notable, mais qui ne traduit ni désengagement ni recul stratégique. Au contraire : la transition écologique entre dans une phase plus structurante, moins spectaculaire, mais potentiellement plus durable.
Investissements dans la CleanTech : un retour à des niveaux “normaux”
Après les années records 2022 et 2023, où les montants investis avaient dépassé les 4 milliards d’euros, 2025 marque un retour à un niveau comparable à 2021, selon le baromètre France Invest de février 2026. L’absence de méga-opérations explique en partie ce repli.
Pour autant, 1,9 milliard d’euros reste un volume significatif, supérieur aux niveaux observés avant 2020. Le signal est clair : la cleantech demeure un pilier stratégique de l’investissement responsable, même dans un contexte économique plus contraint. Cette évolution reflète aussi un changement de cycle : la période d’enthousiasme post-crise énergétique laisse place à une phase de consolidation et de sélectivité accrue.
Des dynamiques contrastées selon les stades de maturité
L’analyse par stade de financement révèle des tendances différenciées.
Le capital-innovation (séries B et au-delà) chute fortement, avec 700 millions d’euros investis, soit près de 50 % de moins qu’en 2024. À l’inverse, les premiers tours restent stables (237 millions d’euros), tandis que le capital-développement progresse de 15 % pour atteindre 982 millions d’euros.
Autrement dit, l’amorçage continue d’alimenter le vivier d’innovations, et les entreprises matures capables d’industrialiser leurs solutions trouvent des financements. En revanche, le passage à l’échelle — moment critique pour les cleantech industrielles — apparaît plus fragile.
Pour les acteurs de la RSE, ce point est central : la réussite de la transition ne dépend pas seulement de l’innovation, mais de la capacité à transformer ces innovations en infrastructures et capacités industrielles.
Les énergies renouvelables restent le moteur
Sans surprise, les énergies renouvelables concentrent la plus grande part des investissements : 670 millions d’euros, soit 35 % des montants investis en 2025, répartis sur 26 opérations. L’efficacité énergétique et la mobilité suivent, tandis que certains segments comme l’AgTech ont connu un second semestre particulièrement dynamique.
Autre enseignement majeur : la territorialisation des investissements : en 2025, 51 % des montants investis et 56 % des opérations ont été réalisés en dehors de l’Île-de-France. La cleantech française n’est plus uniquement portée par l’écosystème parisien : elle s’appuie sur un maillage industriel et territorial plus large.
Cette dimension est essentielle du point de vue RSE. Elle signifie que la transition écologique ne se limite pas à une transformation technologique, mais participe à la réindustrialisation des territoires, à la création d’emplois locaux et au renforcement de la souveraineté énergétique. L’inauguration de la gigafactory de batteries de Verkor à Dunkerque en 2025 illustre cette dynamique : la décarbonation se joue désormais dans les chaînes de valeur industrielles, souligne France Invest.
Un contexte européen sous tension
À l’échelle européenne, les investissements en capital-investissement dans les cleantech atteignent 8,2 milliards d’euros en 2025, en baisse de 6 %. La France, avec 1,5 milliard d’euros investis, enregistre un recul plus marqué que certains voisins. Dans le même temps, les financements par la dette ont été divisés par deux en Europe, revenant à des niveaux plus classiques après une année 2024 exceptionnelle. L’enjeu pour 2026 est clairement identifié : sécuriser l’industrialisation des technologies propres européennes.
Plusieurs leviers sont évoqués par France Invest :
- un renforcement du “Made in Europe” dans les politiques industrielles,
- un meilleur alignement entre financements publics et capitaux privés,
- le déploiement d’outils de réduction des risques (garanties publiques, fonds de compétitivité).
Pour les entreprises engagées dans des stratégies RSE ambitieuses, ces évolutions sont structurantes. Elles conditionnent la capacité à sécuriser des approvisionnements bas carbone, à relocaliser certaines chaînes de valeur et à accélérer la décarbonation des activités.
La baisse des investissements en 2025 ne signe pas un recul de la transition écologique. Elle marque plutôt l’entrée dans une phase plus mature. La finance durable s’installe dans le temps long. L’heure n’est plus seulement à la promesse technologique, mais à l’industrialisation, à la compétitivité et à la souveraineté.
Pour les acteurs de la RSE, le message est clair : la transition écologique reste un vecteur majeur de création de valeur économique, sociale et environnementale. Mais sa réussite dépend désormais d’un alignement plus fin entre innovation, industrie et politiques publiques.








