En 1973, la NASA a lancé un projet original en envoyant deux araignées à bord de Skylab, la toute première station spatiale américaine. Cette initiative, née d’un projet étudiant, a su captiver le public et ouvrir de nouvelles pistes sur la capacité des êtres vivants à s’adapter en apesanteur. L’expérience a permis de mieux saisir comment même des petites créatures peuvent trouver leur chemin dans un environnement détruit des lois terrestres, illustrant l’adaptation des araignées.
D’où est née l’idée
L’idée a germé grâce à Judith Miles, une lycéenne de Lexington, Massachusetts. Séduite par un article du National Geographic sur le comportement animal, elle a proposé d’envoyer des araignées dans l’espace pour observer comment elles tissent leurs toiles en apesanteur. Dans le cadre d’un programme éducatif de la NASA, sa proposition a été retenue et intégrée à la mission Skylab 3.
La mission Skylab 3, lancée le 28 juillet 1973, avait pour objectif d’étudier divers phénomènes en microgravité. Les astronautes Alan Bean, Jack Lousma et Owen Garriott devaient suivre de près cette expérience avec deux femelles d’Araneus diadematus, baptisées Arabella et Anita.
Les dessous de Skylab 3
Dès le départ, Arabella et Anita ont été placées dans des cages spécialement conçues pour leur permettre de tisser des toiles. Elles avaient été nourries avant le lancement, et installées dans des flacons munis d’une éponge imbibée d’eau pour rester hydratées durant le voyage.
Les premières observations ont montré qu’Arabella avait créé une toile incomplète et un peu grossière. Pourtant, dès le lendemain, elle a réussi à confectionner une toile circulaire, prouvant sa capacité à s’adapter rapidement aux conditions de l’espace. Anita, introduite à mi-parcours de la mission, a aussi confirmé cette aptitude impressionnante.
Ce qu’on a observé sur Skylab
L’expérience a mis en lumière que les toiles tissées en apesanteur étaient plus fines que celles réalisées sur Terre. La forme des toiles témoignait de l’état du système nerveux des araignées, comme l’a expliqué le Marshall Space Flight Center lorsqu’il indiquait que « la géométrie de la toile reflète l’état du système nerveux central de l’animal ». La construction d’une toile symétrique et fonctionnelle nécessitait donc une bonne maîtrise motrice et une perception fine de leur environnement.
Malheureusement, les deux araignées ne tiendraient pas toute la mission et sont décédées, probablement par déshydratation. Arabella avait même été nourrie avec un aliment bien atypique pour une araignée, du filet mignon saignant, qui n’a pas suffit pour pallier le manque d’eau.
Les découvertes scientifiques
Cette expérience novatrice a ouvert la voie à davantage d’études sur le comportement animal en situation d’apesanteur. Les résultats ont montré que, même en l’absence de gravité, les araignées peuvent réajuster leur comportement en se basant sur d’autres signaux comme la lumière ou la texture du support pour orienter leurs efforts.
Des études plus récentes menées à bord de la Station spatiale internationale (ISS) ont même constaté que les toiles y présentent une symétrie encore plus marquée, confirmant ainsi ce qui avait été observé lors de la mission Skylab 3.
Les retombées et idées pour l’avenir
Le projet mené par Judith Miles et orchestré par la NASA démontre que les organismes, même les plus simples, savent s’ajuster à un environnement nouveau. Cette découverte ouvre des perspectives intéressantes pour préparer les futures missions spatiales habitées où la capacité d’adaptation sera primordiale.








