Les déserts, qu’on imagine souvent comme des étendues vides et arides, cachent en réalité une biodiversité surprenante. Même si l’eau y est rare sous forme liquide, ces milieux extrêmes abritent une vie très variée, adaptée aux conditions les plus rudes. On y trouve même des « déserts de glace ». L’exposition « Déserts », qui se tiendra du 2 avril au 30 novembre 2025 à la Grande Galerie de l’Évolution du Jardin des Plantes à Paris, mettra en lumière tout ce qui se cache derrière ces paysages. Sous la direction scientifique d’Anthony Herrel, chercheur au CNRS, on promet de lever le voile sur bien des mystères.
Le Rub al-Khali : quand le désert était verdoyant
Le Rub al-Khali, surnommé aussi « Quart Vide », figure parmi les plus grands déserts de sable du monde. Il se situe sur la péninsule Arabique et s’étend sur près de 650 000 km². Fait étonnant, il y a environ 8 000 ans, cette région abritait un immense lac de 1 100 km² avec une profondeur de 42 mètres – presque le double de celle du Lac Léman. Une étude récente menée par Sébastien Castelltort de l’Université de Genève et publiée dans la revue Communications, Earth and Environment raconte ce passé verdoyant. Abdallah Zaki, premier auteur de l’étude, a même mis au jour une vaste vallée formée par l’eau sur une étendue de 150 km.
Pendant la période dite de « l’Arabie verte », entre 11 000 et 5 500 ans avant notre ère, le climat connaissait des pluies abondantes grâce à l’arrivée vers le nord des moussons africaines et indiennes. Ces conditions ont permis aux chasseurs-cueilleurs et aux populations pastorales de se développer, profitant de la présence de prairies et de savanes.
Les suites du réchauffement
Il y a environ 6 000 ans, une nette baisse des précipitations a transformé le Rub al-Khali en un désert aride, obligeant les populations nomades à partir à la recherche de nouvelles terres. Etudier ces transformations aide à mieux appréhender ce que subit notre climat aujourd’hui. Michael Petraglia explique notamment que les anciens paysages lacustres ont directement orienté les déplacements des populations.
La mer d’Aral : un désastre environnemental de notre époque
La mer d’Aral illustre malheureusement les méfaits des interventions humaines sur la nature, tout comme le transport de poussières sahariennes a suscité des inquiétudes en Europe. Autrefois, elle était le quatrième plus grand lac du monde avec une superficie de 67 300 km², alors qu’aujourd’hui, il n’en reste plus qu’environ 8 000 km². Ce shave spectaculaire est essentiellement dû au détournement des fleuves Amou-Daria et Syr-Daria pour irriguer les cultures sous le régime soviétique dans les années 1960.
Les retombées économiques ont été dramatiques : dans les années 1950, la pêche intensive permettait de récolter plusieurs centaines de milliers de tonnes annuelles, mais aujourd’hui, on n’en extrait plus que 4 000 tonnes. De surcroît, de nombreux villages ont été abandonnés à cause de ce déclin.
Les suites sur la nature et la santé
La disparition progressive de la mer d’Aral a provoqué une forte montée de la salinité, entraînant la mort des poissons et transformant son ancien lit en un désert toxique, surnommé Aralkum. Par ailleurs, les tempêtes emportent et dispersent des pesticides nocifs jusque dans les terres environnantes, ce qui fait grimper le taux de mortalité infantile et engendre divers soucis de santé chez les populations locales.
Les Nations Unies qualifient cette crise d’« l’une des catastrophes environnementales les plus importantes du monde ». Ce triste exemple sert aussi d’avertissement pour d’autres régions où le réchauffement climatique menace de mettre en péril nos ressources naturelles. En apprenant des erreurs passées, on espère éviter que d’autres écosystèmes ne subissent un destin similaire à celui de la mer d’Aral.








