Le 28 juillet 2025, la Commission européenne a officialisé l’ouverture d’une procédure formelle contre Temu, une place de marché en ligne chinoise en plein essor. Motif : des violations répétées du droit européen liées à la circulation de produits illégaux ou dangereux. Ces accusations s’inscrivent dans le cadre plus large du Digital Services Act (DSA), entré en vigueur cette année, qui impose aux géants numériques un devoir de contrôle strict sur les contenus et produits diffusés en ligne. Derrière cette démarche juridique, c’est aussi une question de responsabilité sociétale qui se pose.
Temu visé pour des manquements au droit des consommateurs européens
La Commission européenne accuse Temu de permettre « la vente non contrôlée de produits illégaux sur son site », sans mettre en place de mécanismes efficaces de vérification ou de retrait des contenus illicites. Un exercice de client mystère, réalisé dans plusieurs pays de l’Union, a mis en évidence la présence de jouets non conformes, de petits appareils électroniques non sécurisés ou encore de cosmétiques sans certification.
Ces manquements exposent Temu à une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d’affaires mondial annuel, conformément au DSA. Une sanction inédite dans sa sévérité, qui souligne l’ambition de Bruxelles de renforcer la sécurité des consommateurs européens face à des plateformes d’e-commerce souvent implantées hors UE mais actives sur son territoire.
Une procédure fondée sur le Digital Services Act (DSA)
Entré en application depuis février 2024, le Digital Services Act impose aux très grandes plateformes une série d’obligations claires :
- identification des vendeurs professionnels,
- retrait rapide des contenus illégaux,
- audits internes de conformité,
- et transparence sur les algorithmes de recommandation.
Temu, enregistrée comme très grande plateforme (plus de 45 millions d’utilisateurs actifs mensuels en Europe), est donc juridiquement tenue de filtrer et supprimer les offres illégales. Or, selon Les Échos, aucun mécanisme automatisé de retrait n’était en place au moment de l’enquête, et les mesures de signalement client s’avèrent « inefficaces ou inexistantes ».
Un modèle économique en tension avec la responsabilité sociétale
Temu s’est construit sur une promesse de prix ultra-compétitifs et une logistique directe depuis la Chine, sans entrepôts européens ni partenaires locaux. Ce modèle lui permet d’échapper à certains coûts mais pose de graves questions en matière de traçabilité des produits, de respect des normes et de droits du travail.
La guerre des prix, notamment face à Amazon, l’a poussée à multiplier les vendeurs tiers peu contrôlés. Comme l’écrit Benzinga, la plateforme fait face à une hémorragie d’utilisateurs aux États-Unis, confrontée à une remontée des prix, à la fin de certaines franchises douanières et à des tensions géopolitiques.
Dans ce contexte, les accusations européennes s’inscrivent dans une critique plus large du dumping social et environnemental permis par les plateformes de e-commerce transnationales. Des produits non conformes ne sont pas seulement un risque pour les consommateurs : ils reflètent aussi un contournement délibéré des règles de responsabilité éthique.
Responsabilité sociétale : un test grandeur nature
Au-delà du volet réglementaire, cette affaire interroge profondément le positionnement des géants du e-commerce face à la RSE (responsabilité sociétale des entreprises). L’absence de contrôle des vendeurs, l’opacité sur les circuits de distribution, et la négligence en matière de conformité produits sont autant de points d’alerte majeurs pour les acteurs engagés dans une économie durable.
Temu sera-t-elle capable de repenser son modèle pour répondre aux exigences européennes de durabilité, de transparence et de protection des consommateurs ? Ou choisira-t-elle, comme d’autres avant elle, de se retirer d’un marché devenu trop contraignant ?








