Le 22 janvier 2025, Amazon a annoncé la fermeture de ses sept entrepôts au Québec, affectant près de 2000 employés. Ce choix stratégique, officiellement motivé par une révision des coûts logistiques, suscite des interrogations sur la cohérence des engagements de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) affichés par le géant du commerce en ligne.
Le départ du Québec : Une décision stratégique aux conséquences sociales majeures
Amazon justifie cette fermeture par un retour à un modèle logistique basé sur des sous-traitants locaux, un fonctionnement qu’elle avait déjà adopté avant 2020. Selon l’entreprise, ce modèle est plus efficient économiquement et garantit des économies à long terme pour ses clients. Cependant, ce choix a des conséquences humaines considérables : près de 2000 employés, dont une majorité de permanents, se retrouvent sans emploi dans un contexte économique incertain.
Bien que des mesures transitoires aient été annoncées, comme le versement de 14 semaines de salaire pour les salariés permanents et un accompagnement à la reconversion, ces efforts semblent insuffisants pour compenser l’impact psychologique et financier de ces licenciements massifs.
La responsabilité sociale mise à l’épreuve
Le retrait d’Amazon du Québec soulève des préoccupations quant à l’intégration réelle des principes de RSE dans ses décisions. Une des attentes fondamentales en matière de responsabilité sociale est de protéger les droits des travailleurs et d’assurer une transition équitable lors des réorganisations. Or, pour rappel, le site de Laval, syndiqué depuis mai 2024, est le seul entrepôt d’Amazon au Canada à avoir obtenu une accréditation syndicale. Si l’entreprise affirme que la fermeture n’a aucun lien avec cet événement, les syndicats voient dans cette décision un moyen de décourager les mouvements similaires ailleurs. Cela va à l’encontre des principes de dialogue social souvent mis en avant dans les chartes de RSE.
La situation d’Amazon au Québec illustre les défis auxquels font face les grandes multinationales. Pour Amazon, l’équilibre entre compétitivité économique et engagement sociétal semble encore fragile. En refusant de s’engager pleinement dans le dialogue social avec les employés de Laval, la multinationale donne l’impression de privilégier ses marges financières au détriment d’une gestion responsable des relations avec ses salariés.
La responsabilité sociétale ne se limite pas à des initiatives ponctuelles ou à des investissements environnementaux. Elle implique une cohérence globale dans les choix stratégiques. Ici, la fermeture des entrepôts pourrait être perçue comme un contresens par rapport aux promesses de soutien aux communautés locales et de respect des droits des travailleurs.
Amazon menacée de boycott
Les réactions à cette annonce montrent bien que les attentes sociétales vis-à-vis d’Amazon évoluent. Les syndicats, comme la Confédération des syndicats nationaux (CSN), ont dénoncé une décision contraire aux principes de justice sociale. Caroline Senneville, présidente de la CSN, a pointé du doigt une stratégie visant à éviter toute organisation collective dans les entrepôts de l’entreprise.
Les citoyens québécois, pour leur part, se sont mobilisés en lançant des appels au boycott de la plateforme. Si ce type de mouvement reste difficile à maintenir dans la durée, il reflète une tendance croissante : les consommateurs veulent des entreprises qui agissent de manière responsable, et pas seulement en surface. Ce boycott, même limité, pourrait renforcer l’idée que l’image de marque d’Amazon est vulnérable face aux critiques sur son modèle social.








