Le 20 décembre 2025, Air France a annoncé le déploiement du Wi-Fi Starlink sur l’ensemble de ses avions d’ici fin 2026. Présenté comme un progrès technologique au service des passagers, ce choix soulève toutefois une question stratégique majeure pour une entreprise engagée en matière de responsabilité sociale : avec qui Air France accepte-t-elle de s’associer, et à quel prix symbolique pour son image de marque ?
Air France et Starlink : un partenaire en décalage avec la philosophie RSE
Dans une logique RSE, le choix des partenaires n’est jamais neutre. Il engage la crédibilité des discours, la cohérence des engagements et la confiance des parties prenantes. En s’alliant à Starlink, Air France privilégie la performance technologique, mais accepte aussi d’entrer dans l’écosystème d’Elon Musk, une figure dont la réputation publique est devenue hautement clivante.
Pour une entreprise qui communique sur ses engagements sociaux, environnementaux et humains, cette association pose question. Les politiques RSE reposent notamment sur l’alignement des valeurs, la vigilance éthique et la maîtrise des risques extra-financiers. Or, Starlink n’est pas un fournisseur neutre. Il incarne un modèle de gouvernance ultra-centralisé, dépendant d’un dirigeant omniprésent, imprévisible et politiquement exposé.
Selon Clubic, plusieurs experts estiment que le choix d’Air France ignore la dimension immatérielle du risque. Le Wi-Fi n’est pas qu’un service. Il devient un symbole, visible par des millions de passagers, et porteur d’un message implicite : celui d’une entreprise prête à dissocier ses valeurs affichées de ses choix industriels.
Air France face au risque de dissonance entre discours et pratiques
Le principal danger pour Air France réside dans la dissonance. D’un côté, la compagnie met en avant une stratégie RSE structurée, axée sur la responsabilité sociale, la diversité, l’inclusion et la confiance. De l’autre, elle contractualise avec une entreprise associée à des controverses répétées, largement documentées par les médias internationaux.
Ces derniers mois, Elon Musk a été accusé d’ingérences politiques, de propos jugés transphobes et de comportements interprétés par certains observateurs comme un salut nazi lors d’événements publics. Même lorsque ces accusations font débat, leur existence suffit à créer un risque réputationnel élevé pour tout partenaire institutionnel. Pour Air France, le problème n’est pas juridique mais symbolique. En RSE, la perception compte autant que les faits. Associations, salariés, clients et investisseurs responsables peuvent questionner la cohérence d’un partenariat avec une figure perçue comme incompatible avec certaines valeurs sociétales.
Contrairement à un fournisseur invisible, Starlink est un nom public, médiatisé et directement associé à Elon Musk. Chaque annonce, chaque polémique future concernant le dirigeant de SpaceX rejaillira mécaniquement sur Air France. Cette exposition prolongée transforme un contrat technologique en risque réputationnel chronique.








