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16/01/2020

RSE ou parité, les grands groupes peinent à tenir leurs engagements

Arnaud Dubois



D’un engagement au profit de tous, la RSE est régulièrement réduite, y compris par ses chantres les plus sonores, à un badigeonnage aussi maladroit qu’insincère. Du fiscal au social, en passant par l’environnemental, les communicants ne viennent jamais à cours d’idée quand il faut passer un coup de peinture neuve sur des pratiques anciennes. Sous le discours particulièrement engagé de la RSE ou de la parité dans les CA, les grands groupes maintiennent le “business as usual”. [Tribune]


Le greenwashing, un nouveau business lucratif


Il ne fallut pas longtemps aux grandes entreprises pour saisir l’opportunité de repeindre toutes leurs activités en vert. Lorsqu’on sait la magnitude des engagements nécessaires pour faire advenir la révolution écologique, un peu de recul était suffisant pour comprendre qu’aucune entreprise prétendant avoir “verdi” ses activités en 18 mois ne pouvait être sincère. En 2013, L’Express écrivait : “Au milieu des années 2000, l'écologie est sur le devant de la scène: rapports scientifiques majeurs -Stern, Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat...-, conférences internationales, pacte écologique, Grenelle de l'environnement, documentaires et films à succès -Une vérité qui dérange, Le jour d'après...-, couverture médiatique sans précédent... Bien sûr, les entreprises prennent massivement la parole sur ce thème porteur. Mais, par facilité et ignorance, cette communication est très souvent en décalage avec les engagements réels des marques. C'est l'âge d'or du greenwashing.” Malgré la pression des ONG pour faire cesser cette plaie, le fléau demeure. Même Total ne rougit pas de se présenter comme champion de l’écologie dans sa communication institutionnelle : “L’ambition de Total est de devenir la major de l’énergie responsable en fournissant une énergie plus propre et disponible au plus grand nombre. La prise en compte des enjeux climatiques s’intègre pleinement dans notre stratégie”. Oui, il faut oser. Et le double langage, hélas, ne s’arrête pas à la relation à Dame Nature… 


Le CAC 40, bastion du patriarcat


Parmi les enjeux de la RSE, la notion de parité homme-femme peine à se faire admettre. Avec un CAC 40 exclusivement dirigé par des hommes, le message subtilement passé aux femmes des étages inférieurs est qu’elles n’y ont pas leur place, en raison de leur sexe. Pire encore, un grand nombre des entreprises du CAC 40 nomment leur dirigeant en fonction des directives, plus ou moins directes ou influentes, de l’Etat. Ceci donne une quasi-force de loi à cette misogynie institutionnelle.


Récemment, et ce malgré l’engagement fort d’Emmanuel Macron en faveur de la cause des femmes, la seule femme à la tête d’une entreprise du CAC 40 voit son poste menacé malgré d’excellents résultats opérationnels. Isabelle Kocher dirige le groupe énergétique Engie depuis 2016 et a mené à bien son plan de modernisation (à forte teneur RSE, notamment avec la sortie du charbon de ses activités énergétiques). Pourtant, malgré qu’elle a fait ses preuves chez Engie et ailleurs, elle s’est vue refuser deux fois la présidence et a été maintenue au rang de numéro deux, sous la tutelle… d’un homme. Pire encore, le travail de transformation accompli, c’est pourtant le moment qu’ont choisi ses détracteurs pour la pousser vers la sortie et ramasser le fruit de son travail à sa place, avec les pires méthodes - campagnes de déstabilisation, attaques sur la vie privée, etc. Chiara Corazza, directrice générale du Women’s forum, est intervenue en sa défense: “Pourtant, où est cette fameuse exemplarité française avec une seule femme au sein du CAC 40 ? Pire nous nous payons le luxe de la déstabiliser, de l'attaquer… de remettre en cause les compétences de celle qui en France et à l'international porte une nouvelle forme de gouvernance qui correspond aux attentes des Millennials car moderne, inspirante et courageuse… Combien de femmes dans le monde sont actives dans une transition énergétique et écologique nécessaire et indispensable ? Avec Isabelle Kocher, c'est une opportunité formidable de démontrer que le leadership au féminin d'une grande industrie française peut rayonner dans le monde entier. “ Si le départ d’Isabelle Kocher est confirmé, le CAC 40 retrouvera la paisible composition exclusivement masculine qu’elle a toujours si ardemment chérie, tout en s’en défendant.


La fiscalité responsable, mais évasive


Parmi les engagements de toute entreprise contractant une responsabilité sociale d’entreprise, celui de contribuer à sa juste mesure à la dépense publique, sans chercher à se dérober à l’impôt (qui sera systématiquement reporté sur les autres contribuables, la dépense publique n’étant pas compressible) ou à chercher les “failles” légales.  Malgré un discours résolument engagé en faveur de la RSE et de l’environnement, Amazon perdure dans ses pratiques fiscales, que la direction jure techniquement légales, mais qui reviennent systématiquement à flouer le trésor public. Le ras-le-bol fiscal a récemment amené un collectif lyonnais à intenter une action en justice contre le géant du commerce en ligne, comme rapporté par France 3: « Face au scandale de l’évasion fiscale qui vise le groupe Amazon depuis plusieurs années, il est temps de franchir un nouveau cap." Voilà ce qui s'appelle planter le décor. Dans son communiqué de presse, l'association I-Boycott, fondée par des lyonnais, explique qu'elle va entreprendre une action collective contre Amazon pour dénoncer ces pratiques "d'optimisation fiscale". Pour cela, elle souhaitait atteindre le seuil de 300 plaignants, c'est désormais chose faite. » Tristement, Amazon n’est pas seul à se jouer des contribuables sur qui reposent, in fine, le fardeau fiscal. Selon l’association anti-corruption ATTAC , “Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) [1] sont aujourd’hui les plus grandes entreprises du monde par leur capitalisation boursière, mais il est de notoriété publique qu’elles sont aussi les championnes de l’évasion fiscale. Les géants du numérique parviennent d’autant mieux à délocaliser leurs profits dans les paradis fiscaux qu’ils exercent des activités immatérielles, dont il est difficile d’évaluer le montant.” Pourtant, chacune de ses entreprises dépensent annuellement des fortunes en communication sur leurs « engagements responsables ». Bien plus qu’en engagements réels, semblerait-il.


La vague RSE, qui semblait si prometteuse, a-t-elle été irrémédiablement pénétrée par le pouvoir corrupteur de l’argent ? N’y a-t-il aucune réalité derrière le discours engagé des entreprises ? Peut-être l’ingrédient manquant est-il l’appui des pouvoirs publics… Jusqu’à présent, la RSE a été considérée comme un supplétif aux pouvoirs publics, mais séparé de ces derniers. Une plus grande coordination entre les deux forces pourrait suffire à redonner chair et vie à la responsabilité sociale d’entreprise. L’engagement d’Emmanuel Macron en faveur de la reconnaissance et du droit des femmes en serait l’occasion parfaite.

 
 
 
 





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