L’État français franchit une étape décisive dans la modernisation de ses outils de gouvernance territoriale avec le lancement officiel du programme JUNN (Jumeau Numérique National). Cette initiative ambitieuse, orchestrée par l’IGN, le Cerema et Inria, ambitionne de déployer des jumeaux numériques pour révolutionner la manière dont les collectivités territoriales évaluent l’impact de leurs projets. Bénéficiant d’un investissement de 40 millions d’euros sur trois ans, dont 25 millions dans le cadre du plan France 2030, ce programme novateur transformera l’approche des acteurs publics face aux défis climatiques et urbanistiques contemporains.
Cette réplique virtuelle de l’Hexagone constitue une avancée technologique majeure pour l’innovation dans la gestion publique. Désormais, les collectivités territoriales pourront simuler l’impact de leurs décisions en amont de leur mise en œuvre, optimisant ainsi leurs politiques publiques grâce à des outils de visualisation et de prédiction sans précédent. Selon France Info, cette initiative marque un tournant dans la modernisation de l’action publique française.
Une technologie révolutionnaire au service des collectivités
Le jumeau numérique incarne une révolution conceptuelle dans l’approche de la planification territoriale. Contrairement aux outils traditionnels de cartographie, cette technologie permet de créer des répliques virtuelles complètes des territoires, intégrant une multitude de données hétérogènes pour simuler les interactions complexes entre différents éléments urbains et naturels.
Selon Issam Tannous, président-directeur général de 1Spatial France et chef de file du projet JUNN, « l’idée consiste à représenter le territoire, et notamment la ville, les quartiers, tels qu’ils existent aujourd’hui, puis à intervenir sur ces modèles pour transformer un élément et observer comment le quartier réagira à un phénomène climatique, comme les inondations par exemple ». Cette approche prédictive révolutionne radicalement la méthodologie de planification urbaine.
Les applications concrètes s’avèrent particulièrement prometteuses pour les enjeux contemporains. La visualisation des îlots de chaleur urbains, l’évaluation de l’impact du recul du trait de côte, la simulation des conséquences d’une crue centennale ou encore l’adaptation des forêts au changement climatique constituent autant de défis que cette technologie permet d’appréhender avec une précision inégalée.
Un déploiement territorial progressif et stratégique
Le programme s’articule autour d’une stratégie de déploiement territorial soigneusement orchestrée. Cinq départements pilotes ont été sélectionnés pour expérimenter cette technologie révolutionnaire : les Alpes-Maritimes, confrontées aux risques d’inondation et aux enjeux de densification urbaine ; l’Ille-et-Vilaine, territoire d’expérimentation pour l’aménagement durable ; la Gironde, laboratoire d’innovation pour la gestion des ressources en eau ; la Charente-Maritime, terrain d’application pour l’adaptation au changement climatique ; et la Manche, territoire pilote pour l’évaluation du recul du trait de côte.
Valérie Nouvel, vice-présidente du département de la Manche, illustre parfaitement l’enjeu pratique de cette technologie : « Notre département subit le phénomène du recul du trait de côte. Un jumeau numérique permet donc de modéliser le territoire dans vingt ans, trente ans, cinquante ans et de rassembler autour de la table habitants, acteurs économiques et collectivités territoriales afin de discuter ensemble et d’envisager comment habiter le territoire différemment demain ».
Une architecture technologique souveraine et collaborative
L’architecture du programme JUNN repose sur un socle technologique commun et souverain, partagé par les services de l’État, les collectivités et les entreprises. Cette approche mutualisée constitue un choix stratégique majeur pour la souveraineté numérique française, comme le souligne IT for Business.
Le consortium réunit quatorze partenaires publics et privés, orchestré par 1Spatial France. Cette « équipe de France » des jumeaux numériques mobilise plus de deux cents acteurs spécialisés, depuis les laboratoires de recherche jusqu’aux entreprises innovantes, en passant par les grandes collectivités déjà engagées dans des démarches similaires.
Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, souligne l’ambition transformatrice de cette initiative : « Face au défi climatique, nous ne pouvons plus piloter nos territoires avec les outils d’hier. Nous faisons le choix de la science, de la donnée, de l’innovation et de l’excellence des solutions de nos entreprises couplées à nos meilleurs laboratoires de recherche ».
Des applications concrètes pour une gestion territoriale optimisée
Les cas d’usage identifiés couvrent un spectre particulièrement large de problématiques territoriales. L’aménagement urbain bénéficiera d’outils de simulation permettant d’évaluer l’impact prévisible d’infrastructures sur l’atténuation des risques naturels. La gestion des ressources en eau pourra s’appuyer sur des modélisations précises des bassins versants et des réseaux de distribution.
La prévention des risques naturels constitue un enjeu majeur de cette technologie. Les collectivités pourront anticiper les conséquences de phénomènes climatiques extrêmes, optimiser leurs plans de prévention et adapter leurs stratégies d’aménagement en conséquence. Cette capacité d’anticipation représente un atout considérable dans un contexte de multiplication des événements climatiques exceptionnels.
L’adaptation des forêts au changement climatique illustre également le potentiel transformateur de cette approche. Les gestionnaires forestiers disposeront d’outils prédictifs permettant d’évaluer la résilience des essences face aux évolutions climatiques et d’optimiser leurs stratégies sylvicoles.
Perspectives et enjeux de déploiement
Le calendrier de déploiement s’étend sur plusieurs phases successives. Dans dix-huit mois, la plateforme disposera de premières données en 3D couvrant plusieurs départements. Les premières applications opérationnelles seront disponibles pour les collectivités et les entreprises d’ici fin 2026, marquant le début d’une nouvelle ère dans la gestion territoriale française.
Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, insiste sur l’ambition stratégique du projet : « Avec JUNN, nous construisons un outil stratégique au service de la planification écologique, de la résilience des territoires et de la compétitivité économique ». Cette vision s’inscrit dans une démarche de transformation durable des secteurs clés de l’économie française.
La phase d’exploitation opérationnelle débutera en 2029, après une période de recherche et développement de trois ans. Cette temporalité permettra d’affiner les outils, d’intégrer les retours d’expérience des territoires pilotes et de structurer une filière industrielle française dédiée aux jumeaux numériques territoriaux.
Le programme JUNN s’affirme ainsi comme un levier majeur de modernisation de l’action publique territoriale, combinant innovation technologique et souveraineté numérique pour répondre aux défis contemporains de l’aménagement du territoire et de l’adaptation climatique. Cette initiative positionne la France en leader européen des technologies de simulation territoriale, ouvrant la voie à une nouvelle génération d’outils de gouvernance publique.
Cette révolution numérique s’inscrit dans la lignée des innovations françaises en matière de transition numérique des collectivités et de solutions innovantes pour des territoires durables, témoignant de l’engagement français dans la modernisation de l’action publique.








