Une découverte étonnante a récemment élargi ce qu’on sait des signatures chimiques de l’eau terrestre, grâce à un phénomène observé chez la prêle. L’eau concernée présente une signature isotopique de l’oxygène tellement atypique qu’elle aurait pu sembler « venir de l’espace ». Cette découverte a été publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) le 17 mars 2026, et elle pourrait changer notre façon d’envisager l’évaporation dans les plantes et l’origine de l’eau.
Ce qu’on a observé et comment on a procédé
L’espèce étudiée, l’Equisetum (la prêle), a une tige creuse et lisse par laquelle l’eau monte de la base vers la pointe. Au fil de ce trajet, la composition isotopique de l’eau se transforme progressivement : l’eau devient de plus en plus riche en oxygènes lourds à cause de l’évaporation.
L’équipe dirigée par Zachary Sharp, Ph.D., de l’Université du Nouveau-Mexique, a travaillé avec un groupe de 14 étudiants pour examiner cette transformation. Le mécanisme moléculaire repose sur le fait que les molécules d’eau plus légères s’échappent plus facilement que celles contenant de l’oxygène lourd, ce qui donne une configuration isotopique particulière.
Les chercheurs ont testé et vérifié ce processus avec des techniques avancées, notamment des microscopes électroniques au Center for Stable Isotopes à Albuquerque, New Mexico.
Ce que ça change pour les reconstitutions climatiques
Les résultats montrent que la gamme isotopique observée s’élargit d’un facteur de cinq par rapport à ce qui était précédemment admis. Les auteurs soulignent que cela peut fausser l’interprétation des signatures chimiques dans les fossiles et les enregistrements climatiques.
La prêle, connue pour accumuler beaucoup de silice formant des phytolithes, ne reflète pas fidèlement le signal isotopique de l’eau qui circule dans la tige. Cela met en lumière le risque d’interpréter ces indices sans disposer d’autres données supplémentaires.
Sur le plan paléoclimatique, cette avancée pousse les scientifiques à revoir l’étendue de l’effet de l’évaporation. Comme le souligne Sharp dans le magazine Earth, les nouvelles découvertes permettront, « entre autres, de reconstruire l’humidité et les conditions climatiques d’environnements remontant à l’époque où les dinosaures parcouraient la Terre. » Cet outil pourrait ainsi affiner les modèles climatiques et les proxys fossiles selon des conditions spécifiques, comme les environnements désertiques et les époques géologiques précédentes.








