La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est désormais omniprésente dans les discours corporate. Pourtant, derrière les stratégies affichées, la mobilisation des équipes demeure limitée. C’est le constat dressé par une étude menée en mars 2026 par la Chaire Impact Positif d’Audencia, en partenariat avec l’ObSoCo. À travers cette enquête, les chercheurs mettent en lumière un paradoxe majeur : alors que la RSE progresse dans les organisations, elle reste encore largement méconnue et peu incarnée dans le quotidien du travail des salariés.
Une RSE encore mal comprise dans l’entreprise
Premier enseignement de l’étude : la RSE souffre d’un déficit de compréhension. En effet, 43 % des actifs déclarent n’avoir jamais entendu parler de la RSE. À l’inverse, seuls 35 % affirment connaître le sujet. Ce manque de connaissance traduit une réalité plus profonde. Comme le souligne la Chaire Impact Positif d’Audencia, « la RSE reste un concept flou pour une grande partie des actifs ». Les efforts de communication des entreprises peinent encore à rendre ces enjeux lisibles et accessibles.
Dans ce contexte, la perception de l’engagement des entreprises apparaît elle aussi limitée. Seuls 13 % des salariés estiment que leur entreprise a fortement intégré ces enjeux, d’après CDurable. Un chiffre qui illustre un décalage entre les stratégies mises en place et leur appropriation par les équipes.
Plus largement, la transition écologique et sociale reste abstraite pour une majorité. Ainsi, 63 % des actifs considèrent que ces transformations auront peu ou pas d’impact sur leur entreprise, tandis que 39 % ne savent pas si elles constituent une opportunité ou une contrainte.
Des salariés et équipes sensibilisés mais peu engagés dans la RSE
L’étude met en évidence une segmentation claire des salariés face à la RSE. Seuls 17 % se déclarent réellement engagés, selon CDurable. À l’inverse, 38 % se disent sensibilisés mais restent passifs, tandis que 29 % sont réfractaires et 16 % ne se sentent pas concernés.
Ce découpage révèle un point essentiel : la majorité des salariés n’est pas opposée à la RSE. Elle se situe plutôt dans une zone intermédiaire, marquée par l’hésitation. Comme le résume Florence Touzé-Rieu, professeure à Audencia, « la transformation RSE ne se heurte pas à un rejet massif, mais plutôt à une forme d’attentisme ». Dès lors, le défi pour les entreprises ne consiste plus à convaincre, mais à activer ce vivier de salariés déjà sensibilisés. Or, cette mobilisation reste freinée par des obstacles très concrets.
RSE : le rôle clé des conditions de travail et des outils
Au-delà de la sensibilisation, l’étude insiste sur un point central : la capacité des entreprises à rendre la RSE opérationnelle dans le travail quotidien. En effet, l’absence d’outils, de formation ou de marges de manœuvre limite fortement l’implication des équipes.
Florence Touzé-Rieu souligne ainsi que « la majorité des salariés est sensibilisée mais manque d’outils et de repères pour passer à l’action ». La RSE reste trop souvent cantonnée à un niveau stratégique, sans traduction concrète dans les métiers.
Dans ce contexte, le rôle du management intermédiaire apparaît déterminant. C’est lui qui peut transformer des orientations globales en actions opérationnelles, en lien direct avec les réalités du terrain. Sans ce relais, la RSE peine à s’ancrer durablement.
Par ailleurs, l’étude rappelle que la qualité de l’accompagnement constitue un levier décisif. Dans les entreprises les plus avancées, le taux de salariés engagés atteint des niveaux nettement supérieurs, preuve que les dispositifs d’embarquement font la différence.








