La biodiversité n’est plus seulement un enjeu environnemental ou réputationnel. Elle devient un sujet de stratégie d’entreprise. Dans son dernier rapport consacré aux liens entre nature et économie, IPBES envoie un message clair aux décideurs : la destruction de la biodiversité constitue désormais un risque direct pour la croissance, la résilience et la valeur des entreprises. Pour la RSE, ce constat marque un basculement. Intégrer la biodiversité n’est plus un choix moral, mais une condition de performance à long terme.
Ce que dit l’IPBES : la biodiversité comme socle invisible de l’économie
L’IPBES, dans son rapport publié le 9 février 2026, rappelle d’abord un fait souvent sous-estimé dans les stratégies économiques : toutes les entreprises dépendent de la biodiversité. Cette dépendance prend des formes multiples. Elle concerne l’accès aux matières premières, la stabilité des rendements agricoles, la disponibilité de l’eau, la protection contre les aléas climatiques ou encore le bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement mondialisées.
Or, selon l’IPBES, cette base naturelle est en train de se dégrader à un rythme inédit. La destruction des écosystèmes, l’effondrement des populations d’espèces et l’artificialisation des sols fragilisent directement les conditions de production et de croissance. Le rapport insiste sur un point clé : la perte de biodiversité n’est pas un risque sectoriel limité à l’agriculture ou à l’extraction. Elle constitue un risque systémique pour l’ensemble de l’économie.
Pour les entreprises, cela signifie que les modèles économiques actuels reposent sur un capital naturel qui s’érode. L’IPBES souligne que cette érosion se traduit déjà par des coûts accrus, des ruptures d’approvisionnement, une volatilité accrue des prix et une exposition plus forte aux crises environnementales et sociales.
De la contrainte environnementale au risque stratégique
Le rapport de l’IPBES opère un glissement conceptuel majeur. Il ne traite plus la biodiversité comme une externalité, mais comme un facteur central de risque stratégique. Cette approche rapproche la biodiversité de sujets déjà bien intégrés dans les comités de direction, comme le risque financier, le risque climatique ou le risque géopolitique.
L’IPBES met en évidence un décalage préoccupant. D’un côté, l’économie mondiale reste largement structurée autour d’activités qui contribuent à la destruction de la biodiversité. De l’autre, les entreprises continuent de sous-estimer leur dépendance à la nature dans leurs décisions d’investissement, d’innovation et de développement.
Ce décalage expose les entreprises à plusieurs niveaux de risque. Le premier est opérationnel. Des écosystèmes dégradés réduisent la fiabilité des chaînes de valeur. Le second est réglementaire. Les politiques publiques évoluent rapidement sous la pression scientifique et sociétale, avec des normes plus strictes sur l’usage des ressources naturelles. Le troisième est financier. Les investisseurs intègrent de plus en plus la biodiversité dans leur analyse des risques à long terme. Enfin, le risque réputationnel reste fort, dans un contexte où les attentes des parties prenantes s’intensifient.
Pourquoi la RSE devient un levier de croissance, selon l’IPBES
C’est ici que la lecture stratégique de la RSE change profondément. Selon l’IPBES, intégrer la biodiversité dans la stratégie d’entreprise ne consiste pas uniquement à réduire des impacts négatifs. Il s’agit aussi de sécuriser les conditions futures de la croissance. La RSE devient un outil d’anticipation. En identifiant les dépendances à la biodiversité, les entreprises peuvent mieux évaluer leur exposition aux risques futurs. Elles peuvent également orienter leurs investissements vers des modèles plus résilients, moins dépendants de ressources fragiles ou surexploitées.
L’IPBES insiste également sur la capacité des entreprises à jouer un rôle moteur. Les acteurs économiques disposent de leviers puissants sur les chaînes d’approvisionnement, l’innovation technologique et les flux financiers. En intégrant des critères biodiversité dans leurs décisions, ils peuvent contribuer à inverser certaines dynamiques de destruction, tout en renforçant leur propre robustesse économique.
Mesurer et piloter : le défi stratégique des entreprises
L’IPBES pointe toutefois une limite majeure : le manque d’outils et de données. Aujourd’hui, très peu d’entreprises mesurent réellement leurs impacts et leurs dépendances à la biodiversité. Cette lacune freine l’intégration du sujet dans les arbitrages stratégiques.
Pour les entreprises engagées en RSE, l’enjeu est donc double. Il s’agit d’abord de développer des indicateurs crédibles, capables d’éclairer les décisions de croissance. Il s’agit ensuite d’intégrer ces indicateurs au même niveau que les données financières ou climatiques, afin d’orienter les choix d’investissement, de sourcing et de développement de nouveaux marchés.
Le message de l’IPBES est sans ambiguïté : celles qui tarderont à intégrer la biodiversité dans leur stratégie prendront un retard difficile à rattraper. À l’inverse, les entreprises capables d’aligner leur stratégie de croissance avec la préservation du vivant disposeront d’un avantage compétitif dans un monde de plus en plus contraint.








