La hausse des températures dans le monde, manifestée par des épisodes de canicule de plus en plus fréquents, pèse sur la production laitière mondiale. Science & Vie relaie une alerte : le lait pourrait devenir plus rare dans les rayons des supermarchés d’ici quelques décennies. Alors que 150 millions de ménages dépendent directement de la filière laitière, le secteur arrive à un tournant décisif et devra s’adapter avec des techniques innovantes pour faire face aux défis climatiques, notamment en ajustant l’alimentation des vaches.
Des effets mesurables et inquiétants
Des études récentes montrent une baisse nette de la production laitière. Une recherche coordonnée par les universités de Jérusalem, Tel-Aviv et Chicago, publiée dans la revue Science Advances, et une autre menée par l’université de l’Illinois, parue dans Food Policy, ont analysé des millions de données provenant d’exploitations aux États-Unis, en Israël et en Asie. Elles montrent que la production peut chuter jusqu’à 10 % lors de périodes de chaleur extrême, avec une baisse moyenne prévue de 4 % d’ici 2050 si rien n’est fait.
Une étude sur le Midwest américain, fondée sur 56 millions de données de 18 000 fermes, indique que les pertes annuelles moyennes dues à la chaleur atteignent 1 %, soit environ 616 millions de litres de lait sur cinq ans, et une perte économique de 225,4 millions d’euros. À l’échelle quotidienne, la production diminue de 0,5 % chaque heure quand l’indice de température-humidité (THI) dépasse 26 °C.
Des exploitations inégalement touchées et des adaptations limitées
Les travaux montrent de fortes disparités entre petites et grandes fermes. Les petites exploitations, qui représentent 20 % de la production mais subissent 27 % des dommages économiques, sont les plus fragiles. Comme le souligne Claire Palandri de l’université de l’Illinois, sans politiques d’adaptation adaptées, « ces pertes pourraient provoquer des vagues de faillites parmi les petites exploitations et bouleverser les marchés mondiaux ». Les grandes fermes ont souvent des infrastructures de refroidissement (ventilation, brumisateurs), mais celles-ci s’avèrent insuffisantes face à des vagues de chaleur prolongées.
En Israël, des données collectées sur 130 000 vaches sur douze ans montrent l’utilisation de systèmes de refroidissement comme des ombrières et la ventilation mécanique. Ces méthodes ne réduisent toutefois que 40 % des effets des températures dépassant 24 °C, ce qui souligne les limites des stratégies actuelles face aux extrêmes.
Quelles répercussions à long terme sur l’économie et la société
Les vagues de chaleur rendent plus vulnérables les zones tropicales et subtropicales, comme l’Asie du Sud, qui devrait concentrer plus de 50 % de la croissance de la production laitière dans la décennie à venir. Jared Hutchins, co-auteur des études, avertit que « même les meilleures stratégies atteignent leurs limites quand l’humidité et la chaleur prolongées empêchent les vaches de réguler leur température ». Cette dépendance croissante au climat risque d’aggraver les fragilités sociales et économiques, avec de possibles répercussions sur la sécurité alimentaire mondiale.
Face à cet enjeu climatique majeur, des mesures d’atténuation et d’adaptation sont nécessaires. Parmi les options : ajuster les périodes de vêlage (naissance des veaux) ou améliorer génétiquement les races bovines pour les rendre plus tolérantes à la chaleur. Mais ces solutions prennent du temps et restent souvent hors de portée financièrement sans soutien public. Le secteur laitier émet beaucoup de méthane, ce qui souligne aussi la nécessité de changements structurels plus profonds, par exemple via une alimentation modifiée des vaches ou une meilleure gestion des effluents.








