Le 6 novembre 2025, le réseau européen ICOS Cities (Integrated Carbon Observation System) a publié les conclusions de dix années de mesures atmosphériques : Paris a vu ses émissions locales de gaz à effet de serre baisser d’environ 25 % entre 2015 et 2025. Ces données, issues d’une trentaine de capteurs installés sur les toits, tours et antennes de la capitale, traduisent un virage environnemental majeur. La baisse, équivalente à plus d’une mégatonne de dioxyde de carbone, place désormais Paris parmi les métropoles européennes les plus avancées sur la trajectoire de neutralité carbone.
Paris : Une capitale qui respire mieux
“Pour une ville comme Paris, c’est énorme. C’est comme si on avait enlevé l’équivalent de 200 000 habitants de la carte, alors même que l’activité humaine a augmenté”, explique Thomas Lauvaux, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), principal auteur de l’étude cité par l’AFP.
Les mesures ne relèvent pas d’un modèle théorique : elles proviennent d’un suivi direct des concentrations de dioxyde de carbone au-dessus de la capitale. Ce réseau, piloté avec Airparif, a permis de distinguer les sources d’émission selon les quartiers et les saisons. D’après les relevés, la baisse est homogène, même si les arrondissements périphériques, plus exposés au trafic automobile, demeurent les plus émetteurs.
En dix ans, Paris a donc effacé près d’une mégatonne de CO₂ de son empreinte locale. “Nos données sont presque parfaitement alignées sur celles d’Airparif ; c’est la première fois qu’une grande ville peut vérifier sa baisse à partir de l’air qu’elle respire”, poursuit Thomas Lauvaux, souligne le HuffPost.
Transports : la clé de voûte de la transition parisienne
Selon les scientifiques d’ICOS Cities, la diminution de la part de la voiture thermique figure parmi les leviers majeurs de cette baisse. Depuis 2015, la municipalité a multiplié les mesures de restriction : extension de la Zone à Faibles Émissions, fin progressive du diesel, piétonnisation partielle des berges et électrification du parc de bus.
“La transformation du trafic routier parisien est un cas d’école : moins de véhicules, plus de déplacements doux, et une baisse mesurable des émissions directes”, souligne un communiqué d’Airparif repris par Franceinfo. Le réseau vélo a doublé en dix ans ; la fréquentation du métro a retrouvé ses niveaux pré-pandémie ; la part de la voiture dans les trajets intra-muros est tombée sous les 10 %.
Cette mutation de la mobilité s’inscrit dans une approche RSE du territoire : favoriser les usages sobres sans bloquer la vitalité économique. Les flux logistiques et les livraisons urbaines ont eux aussi commencé leur conversion : véhicules électriques, plateformes mutualisées, optimisation du dernier kilomètre. Pour Paris, la mobilité décarbonée devient un pilier d’aménagement durable au même titre que la mixité ou la densité.
Énergie et bâtiment : la sobriété mise en chantier
Au-delà du transport, la baisse des émissions provient de la rénovation énergétique et de la réorganisation des réseaux thermiques. Les travaux menés sur le réseau de chauffage urbain ont permis de substituer en partie les énergies fossiles par la géothermie et la chaleur issue des déchets.
La Ville a poursuivi le programme “Eco-Rénovons Paris”, combinant aides financières et accompagnement technique ; plusieurs milliers de copropriétés ont amélioré leur performance énergétique. L’étude d’ICOS Cities note une baisse visible des émissions de combustion résidentielle depuis 2019, notamment pendant les hivers récents plus doux et mieux isolés.
Ces progrès ne sont toutefois qu’un début. “Le paquet de mesures actuel ne permet pas encore d’atteindre la neutralité carbone pour 2050 ; il faudra aller plus loin sur le bâtiment et l’énergie”, avertit Ivonne Albarus, contributrice du GIEC, citée par l’AFP. Pour Paris, le défi consiste désormais à accélérer sans fragiliser l’équilibre social du logement.








