Le 3 novembre 2025, l’ANA et l’institut Ifop ont dévoilé la neuvième édition de leur baromètre « Bruit et Santé Auditive au Travail ». Cette enquête nationale, menée auprès de salariés et d’indépendants, confirme que le bruit est omniprésent sur les lieux de travail : 56 % des actifs déclarent en subir les effets.
Bruit et travail : un risque sous-estimé pour la santé auditive
Le bruit reste une nuisance quotidienne pour des millions d’actifs. D’après les données de l’ANA, 56 % des salariés français se disent gênés par le bruit ou les expositions sonores au travail. Dans l’industrie, la proportion grimpe à 65 %, atteignant 64 % dans les open spaces et 66 % dans les ateliers ou sur les chantiers. Ces chiffres traduisent la persistance d’un phénomène que la prévention peine à endiguer.
Selon l’ANA, « le bruit est souvent perçu comme inhérent au travail, non comme un risque à part entière ». Ce constat résume une forme de banalisation. Pourtant, les conséquences sur la santé sont réelles : 73 % des actifs interrogés estiment que le bruit altère leur bien-être général. Fatigue, irritabilité, perte de concentration, troubles du sommeil — autant de symptômes qui fragilisent la performance et la cohésion en entreprise.
Les données du baromètre montrent aussi que 52 % des actifs subissent des répercussions auditives : bourdonnements, acouphènes, baisse d’audition. Ces effets touchent particulièrement les travailleurs exposés de façon continue, même à des niveaux inférieurs à 80 dB(A), seuil souvent jugé « acceptable » mais déjà délétère pour la santé selon l’ANA. Le bruit chronique, en s’ajoutant à d’autres facteurs de stress, devient un risque psychosocial à part entière.
Audition et emploi : des disparités persistantes selon les profils
L’édition 2025 du baromètre introduit une analyse par catégories socio-professionnelles. Elle révèle des écarts marqués : les femmes, les salariés intérimaires et les travailleurs en open space figurent parmi les plus touchés. Pour 58 % des femmes, le bruit au travail dégrade non seulement leurs capacités auditives, mais aussi leur équilibre mental et leur sentiment de sécurité professionnelle, relaye Médiaconnect.
Ces données confirment que les conditions d’emploi influencent directement la vulnérabilité auditive. Les intérimaires, souvent affectés à des postes bruyants sans formation suffisante, présentent un taux d’exposition supérieur à 70 %. Les jeunes actifs, quant à eux, tendent à minimiser le risque : seuls 27 % ont déjà demandé un équipement de protection individuelle.
RSE et prévention : intégrer le bruit à la stratégie d’entreprise
L’approche RSE tend à replacer la santé au cœur de la performance durable. Pourtant, selon l’ANA, la santé auditive demeure « le parent pauvre du bien-être au travail ». Si la moitié des employeurs seulement propose des mesures de réduction du bruit, la prévention reste encore trop centrée sur les risques visibles.
Pourtant, les leviers existent. La 10ᵉ Semaine de la Santé Auditive au Travail, lancée début novembre 2025 par l’ANA, encourage les entreprises à inclure le bruit dans leurs plans d’action RSE. L’association rappelle que même des niveaux modérés peuvent entraîner fatigue cognitive et perte d’efficacité. Le bruit pèse sur la productivité : selon les estimations internes de l’ANA, un salarié distrait par des nuisances sonores perdrait jusqu’à 30 minutes de concentration par jour.








