Une étude récente de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) met en lumière une contamination notable des mollusques et de l’eau de mer le long des côtes françaises. Publié le 15 octobre, ce rapport issu du projet Emergent’Sea révèle que des substances pharmaceutiques et des pesticides se retrouvent un peu partout dans ces milieux. Menée en collaboration avec le laboratoire EPOC et financée par l’Office français de la biodiversité, cette recherche a été réalisée sur une période allant de 2021 à 2024 et a même été reprise par le journal Le Monde.
Méthodologie solide et résultats préoccupants
Entre 2021 et 2023, les chercheurs ont prélevé des échantillons sur environ trente sites le long de la côte, depuis la baie de Somme jusqu’à la Corse. Ils ont collecté des mollusques, comme les huîtres et les moules, ainsi que de l’eau de mer. Avec plus de 11 300 analyses effectuées, les données montrent que près de 77 % des substances recherchées ont été retrouvées dans l’eau, alors que 65 % ont été détectées dans les mollusques.
En moyenne, chaque site présente environ 15 substances différentes dans l’eau, et dans certains cas, on en relève jusqu’à 28. Quant aux mollusques, ils contiennent en moyenne 10 substances par site. Sur les 66 substances ciblées, trois quarts se retrouvent au moins une fois dans l’eau de mer, l’atrazine notamment étant présente dans 70 % des analyses, et sept médicaments ont été identifiés sur 80 % des sites surveillés.
Contaminations particulières et défis environnementaux
Tous les sites analysés présentaient un certain niveau de contamination, similaire à la pollution marine profonde. Même sur l’Île d’Ouessant (Finistère), des traces de deux substances pharmaceutiques et quinze pesticides différents ont été relevées. Dans l’eau, on retrouve fréquemment des herbicides, du paracétamol, des métabolites du métolachlore et de l’atrazine, tout comme les nanoplastiques dans l’Atlantique. Chez les mollusques, la présence d’herbicides et de produits antifouling, utilisés pour limiter la prolifération d’algues sur les coques des bateaux, est également constatée.
Parmi ces substances, certains herbicides, bannis en Europe depuis longtemps – comme l’atrazine, qui était employée jusqu’en 2003 pour la culture du maïs – apparaissent régulièrement. Des médicaments tels que le paracétamol, la carbamazépine (antiépileptique) et l’oxazépam (anxiolytique) ont eux aussi été identifiés.
Vers un avenir marin plus sûr
L’étude pointe la nécessité de fixer des seuils d’effets afin de mieux interpréter ces résultats et de savoir ce que cela implique pour les écosystèmes marins (les seuils permettent de savoir quand une contamination devient problématique). Les chercheurs se trouvent face à des « effets cocktails » qui rendent l’analyse plus complexe, tout comme les particules microscopiques des nanoplastiques. Isabelle Amouroux, responsable scientifique à l’Ifremer, explique à l’AFP : « Il nous manque encore des seuils robustes » pour mesurer correctement la somme des effets de ces contaminations.
Le manque d’une réglementation spécifique pour ces substances dans le milieu marin rend la situation encore plus compliquée. Marc Valmassoni, coordinateur eau et santé à Surfrider Europe, espère que cette recherche contribuera à intégrer la surveillance de ces polluants émergents le long du littoral : « Si ce travail aboutit […] ce sera une belle victoire ».








