Déforestation : ces 8.900 milliards qui exposent la finance mondiale au risque systémique

La déforestation s’impose comme une menace croissante pour la finance mondiale. Le rapport Forest 500 – Finance, publié le 14 août 2025 par Global Canopy, chiffre à 8,9 trillions de dollars les financements exposés à des chaînes d’approvisionnement destructrices.

Publié le
Lecture : 2 min
Quels sont les pays les plus touchés par la déforestation ? La France épargnée
Déforestation : ces 8.900 milliards qui exposent la finance mondiale au risque systémique © RSE Magazine

Le 14 août 2025, Global Canopy a publié sa nouvelle évaluation des 150 institutions financières les plus exposées à la déforestation. Le rapport révèle que 8,9 trillions de dollars irriguent encore l’« économie de la déforestation », alors même que les risques climatiques et de réputation s’intensifient. Cette étude éclaire un paradoxe : alors que la finance reconnaît désormais la matérialité des risques liés à la perte de nature, la proportion d’acteurs dotés d’une politique crédible régresse par rapport à 2023.

Déforestation : un risque systémique pour la finance mondiale

La première donnée frappe par son ampleur. D’après Forest 500, les 150 institutions les plus influentes ont apporté 8,9 trillions de dollars aux 500 entreprises dépendantes de commodités à risque de déforestation. Ce montant, équivalent à près de 9 % du PIB mondial, illustre la profondeur de l’exposition.

Cette dépendance croissante expose la finance à un double choc. D’une part, la multiplication d’événements extrêmes – sécheresses, incendies, inondations – altère directement les portefeuilles via des pertes d’actifs. D’autre part, la pression réglementaire et sociétale accroît le coût du capital pour les entreprises jugées responsables de la destruction des forêts. La « déforestation » se transforme ainsi en variable de prix et de réputation. Le rapport insiste : « la déforestation est un mauvais investissement ». Autrement dit, le maintien de ces flux pourrait bientôt compromettre la stabilité même des bilans.

Déforestation : recul des politiques et exposition par juridiction

Le second constat concerne la gouvernance. En 2024, seules 40 % des institutions étudiées affichaient une politique de déforestation, contre 45 % l’année précédente. Cette baisse marque une rupture inquiétante après une décennie de progrès. L’étude souligne que trois établissements – Ameriprise Financial, DZ Bank et Fifth Third Bancorp – ont même supprimé leur politique, illustrant un mouvement à rebours des tendances ESG. L’absence de cadre clair expose la finance à des risques croissants de réputation et de conformité.

La ventilation géographique révèle des différences marquées. Les institutions chinoises ont alloué 401 milliards de dollars aux entreprises « laggards », soit celles dépourvues d’engagements publics. Leurs homologues américaines en ont fourni 151 milliards, tandis que les françaises en ont apporté 57 milliards. Ces chiffres traduisent des priorités divergentes et mettent en lumière un enjeu global de coordination.

La concentration du pouvoir d’allocation accentue encore ces risques. Trois acteurs dominent le paysage : Vanguard, BlackRock et JPMorgan Chase, avec 1,6 trillion de dollars orientés vers les entreprises du Forest 500. Ce chiffre colossal démontre que quelques institutions suffisent à orienter l’avenir des forêts. Pourtant, Vanguard ne dispose d’aucune politique publique de déforestation, obtenant un score nul dans le classement.

Déforestation : la mise en œuvre qui fait défaut

Le rapport recense seulement 27 institutions (45 %) qui procèdent à un screening et un monitoring de leurs portefeuilles. Trente-deux (53 %) ont mis en place un processus d’engagement avec les entreprises non conformes, mais seules 17 menacent de désinvestissement à échéance. Cette faiblesse structurelle limite la capacité du secteur à infléchir les comportements. Global Canopy prévient : sans reporting, il est impossible de distinguer les intentions des résultats concrets.

Certains cas montrent toutefois la voie. L’ING Group, par exemple, applique une politique zéro-déforestation sur six commodités majeures et engage ses clients à respecter des critères précis. L’établissement publie aussi les résultats de son suivi : en 2024, 100 % des vingt clients évalués avaient une politique, contre 83 % l’année précédente. Néanmoins, ING a encore apporté 6,6 milliards de dollars à des entreprises « laggards », preuve que l’alignement complet reste difficile.

Laisser un commentaire