Dans l’écosystème professionnel français, la voiture reste, sur le papier, le pilier silencieux de la mobilité domicile-travail. Pourtant, les résultats de l’enquête menée en 2025 par le Forum Vies Mobiles et le Crédoc révèlent une réalité préoccupante pour les entreprises : une part croissante de la population active ne peut pas ou ne veut plus conduire.
Un actif sur deux contraint dans ses déplacements professionnels
Le chiffre peut surprendre : seuls 18 % des conducteurs en France se disent capables de conduire sans aucune restriction. Autrement dit, plus de 80 % de ceux qui ont un permis rencontrent des obstacles dans leur mobilité automobile. Ces obstacles ne relèvent pas seulement de préférences individuelles ou de considérations écologiques : ils sont logistiques, matériels, administratifs ou économiques.
À titre d’exemple, 13 % des conducteurs ont déjà renoncé à prendre leur véhicule en raison d’un coût de déplacement jugé trop élevé. Ce chiffre atteint 52 % chez les 18-24 ans. Sur ce point, le différentiel générationnel devient critique : les plus jeunes actifs, qui constituent le vivier de recrutement à moyen terme, sont particulièrement vulnérables face à l’impossibilité de se déplacer de façon autonome.
Par ailleurs, 6 % des conducteurs sont empêchés chaque mois à cause d’une panne de véhicule, 8 % en raison de fatigue ou de somnolence, et jusqu’à 17 % ne peuvent pas utiliser leur voiture car elle est mobilisée par un autre membre du foyer. L’usage partagé d’un véhicule, notamment dans les foyers modestes, réduit la disponibilité réelle de la voiture comme outil professionnel.
Des contraintes administratives ignorées par les employeurs
Les empêchements à la conduite ne sont pas seulement techniques ou financiers : ils sont aussi administratifs. L’étude montre que 15 % des conducteurs ont déjà dû renoncer à se déplacer car leur contrôle technique n’était plus à jour, 10 % à cause d’une assurance expirée, et 9 % parce que leur permis avait été suspendu, expiré ou non renouvelé. Ce sont autant de situations où la personne est techniquement en règle en entreprise… mais illégalement immobilisée dans sa vie professionnelle.
Ces données traduisent un angle mort du management : l’autonomie automobile des salariés est souvent présumée, rarement vérifiée. Et surtout, elle est peu intégrée dans les politiques de ressources humaines ou les stratégies RSE. Or, une partie des absences, retards, refus de mission ou abandons de poste pourraient être indirectement liés à ces blocages logistiques.
Impact concret sur les activités : formations, missions, flexibilité
Dans leur vie professionnelle, 15 % des personnes interrogées déclarent avoir déjà dû refuser un emploi, une mission ou une formation pour des raisons de mobilité. Cette proportion est d’autant plus significative qu’elle se concentre sur les profils les plus mobiles ou les plus précaires — intérimaires, jeunes diplômés, travailleurs à horaires décalés.
L’automobile n’est plus une garantie de flexibilité, mais un facteur d’instabilité. Et dans un contexte où les entreprises valorisent la réactivité, la disponibilité et la mobilité des équipes, l’indisponibilité automobile devient un facteur de discrimination indirecte.
Face à ce constat, intégrer la question de la mobilité automobile dans les politiques RSE n’est plus un choix, mais une nécessité stratégique. Il ne s’agit pas seulement de promouvoir le vélo ou les transports en commun, mais de réinterroger l’hypothèse de départ selon laquelle tout salarié est mobile par défaut.








