Sexisme en entreprise : ce que révèle vraiment le baromètre #StOpE 2025

Derrière des indicateurs RSE flatteurs et des chartes souvent médiatisées, le sexisme continue de structurer l’expérience quotidienne d’une majorité de femmes dans les organisations françaises. Le baromètre 2025 du collectif #StOpE, publié le 6 mai, met en évidence les progrès partiels, les angles morts managériaux, et les véritables leviers d’action.

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Sexisme en entreprise : ce que révèle vraiment le baromètre #StOpE 2025 © RSE Magazine

Lancée en 2021, l’initiative #StOpE a pour objectif de documenter le sexisme ordinaire au travail à travers une enquête biennale menée en parallèle dans les entreprises signataires et sur un panel représentatif de salariés français. L’édition 2025, rendue publique ce 6 mai, repose sur les réponses de plus de 131 000 salariés au sein de 19 grandes entreprises et sur un sondage national conduit auprès de 5 000 salariés représentatifs. À travers cet échantillon large, l’étude menée avec l’Ifop propose un état des lieux objectif des dynamiques sexistes à l’œuvre dans les environnements professionnels, ainsi qu’un outil d’évaluation comparative pour les organisations engagées.

Le sexisme en entreprise est toujours présent au quotidien

Le chiffre principal reste, année après année, particulièrement préoccupant : 93 % des femmes interrogées dans le cadre du sondage national déclarent avoir été confrontées à au moins une forme de sexisme dans leur parcours professionnel. Ce taux, pratiquement inchangé depuis les éditions précédentes, atteste de l’enracinement d’un phénomène qui échappe souvent aux dispositifs classiques de prévention.

Le baromètre met également en évidence une réalité peu débattue : plus d’une femme sur cinq, soit 21 %, déclare avoir subi au cours des douze derniers mois un comportement sexiste à connotation sexuelle. Ces comportements ne se limitent pas à des actes isolés. Ils s’intègrent à une culture d’entreprise dans laquelle les remarques déplacées, les commentaires sur l’apparence, l’infantilisation dans les réunions ou les blagues dégradantes participent d’un climat délétère pour les collaboratrices. L’ampleur de la banalisation constitue un second enseignement majeur. 53 % des répondants jugent que ces comportements sont tolérés dans leur entreprise.

La sensibilisation au sexisme reste insuffisante

La sensibilisation au sexisme au travail reste un outil largement sous-utilisé. Dans les entreprises signataires de l’initiative #StOpE, les efforts de formation sont deux fois plus développés que dans la moyenne nationale. Toutefois, à l’échelle globale, seuls 30 % des salariés interrogés déclarent avoir suivi une formation ou une séance de sensibilisation sur le sujet, un taux qui chute à 21 % chez les hommes.

La méconnaissance des obligations légales est également pointée : les salariés interrogés ignorent pour la plupart les dispositifs prévus par le Code du travail, notamment depuis la loi du 5 septembre 2018 qui renforce le cadre juridique contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. Seuls 52 % indiquent que leur entreprise mentionne clairement ces interdictions dans le règlement intérieur, et moins de 45 % identifient l’existence d’un référent dédié parmi les représentants du personnel.

Les hommes ne se jugent pas sexistes

L’étude montre des écarts notables entre la perception des hommes et des femmes sur la question du sexisme. À titre d’exemple, 80 % des femmes estiment que les inégalités professionnelles entre hommes et femmes restent très marquées, contre 61 % des hommes. Sur la question de la facilité à faire carrière, 83 % des femmes considèrent qu’il est plus facile pour un homme de progresser professionnellement, un point de vue partagé par seulement 60 % des hommes.

Concernant la reconnaissance au travail, 67 % des femmes déclarent avoir déjà eu le sentiment de devoir en faire davantage que leurs collègues masculins pour obtenir une promotion ou une augmentation salariale. À l’inverse, seulement 24 % des hommes disent avoir conscience de cet écart de traitement, ce qui révèle une dissymétrie forte dans l’évaluation des biais structurels.

L’étude explore également les comportements d’auto-censure. Près de 60 % des femmes reconnaissent avoir déjà adapté leur tenue vestimentaire ou évité certaines interactions (afterworks, prises de parole) pour limiter les risques de commentaires ou d’attitudes sexistes.

Quelles avancées ont été réalisées ?

Malgré ces constats préoccupants, le baromètre souligne aussi plusieurs avancées mesurables. Les entreprises ayant intégré la démarche #StOpE présentent de meilleurs indicateurs sur plusieurs plans : la diffusion des formations, la désignation de référents identifiés, et surtout, l’évolution des comportements déclarés.

En 2025, 48 % des salariés hommes appartenant à des entreprises engagées déclarent être devenus plus vigilants vis-à-vis de leurs propres propos ou comportements sexistes, contre 30 % dans la moyenne nationale. Cette évolution est confirmée par 66 % des femmes, qui disent observer un changement positif dans leur environnement direct.

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