Le 3 mars 2025, un coup de théâtre secoue les couloirs du siège de Ben & Jerry’s. David Stever, directeur général de la marque, est brutalement évincé par Unilever. Motif officiel ? Aucun. Motif réel, selon la société : ses engagements trop visibles en faveur de la cause palestinienne et de la justice sociale. Le 18 mars, Ben & Jerry’s dépose une plainte devant un tribunal fédéral de Manhattan. Et l’affaire prend aussitôt une dimension politique, idéologique, stratégique. Unilever, géant anglo-néerlandais de la grande consommation, est accusé de trahir un accord vieux de vingt-cinq ans.
Unilever et Ben & Jerry’s : deux visions de la RSE
Unilever, poids lourd du secteur, affiche un chiffre d’affaires de 7,9 milliards d’euros dans sa division glaces en 2023, avec des marques comme Magnum ou Cornetto. Mais dans ce portefeuille bien huilé, Ben & Jerry’s est une anomalie revendiquée : une entreprise à mission, dotée depuis son rachat en 2000 d’un conseil d’administration indépendant, garant de sa « mission sociale ».
Cette clause, conçue comme un pare-feu idéologique, devait empêcher toute dilution des engagements fondateurs. Mais la réalité rattrape vite la marque : en 2023, Unilever supprime sa division RSE, la rattache à la communication, puis envisage de céder l’ensemble de sa branche glaces. En parallèle, les dirigeants de Ben & Jerry’s dénoncent un virage conservateur et une stratégie de musellement.
David Stever : un PDG limogé pour ses engagements ?
Le cœur de l’affaire est simple : selon la plainte, David Stever n’a pas été sanctionné pour ses résultats, mais pour ses prises de position trop « progressistes ». Il aurait été poussé vers la sortie pour avoir défendu la mission sociale de la marque et soutenu publiquement les Palestiniens.
La décision aurait été prise sans l’aval du conseil indépendant, violant directement les accords de fusion. Et pour cause : Ben & Jerry’s a surperformé le reste du portefeuille glaces d’Unilever. Selon les chiffres internes cités dans la plainte, la croissance de la marque a dépassé celle de Magnum en 2024. Un limogeage pour contre-performance ? Difficile à défendre.
Un historique de tensions qui s’enveniment
La rupture ne date pas de mars 2025. Elle s’inscrit dans une série de conflits ouverts depuis 2021. À l’époque, la marque suspend ses ventes dans les colonies israéliennes de Cisjordanie. Unilever contourne cette décision en vendant la licence à un distributeur local. La réponse ne tarde pas : plainte déposée.
En novembre 2024, nouvelle salve : Ben & Jerry’s accuse Unilever de lui interdire d’appeler à un cessez-le-feu à Gaza. En parallèle, la société voulait allouer cinq millions de dollars à l’organisation Jewish Voice for Peace. Veto immédiat de la maison mère : l’association serait trop critique envers Israël. Et pendant ce temps, la communication officielle d’Unilever se borne à une défense procédurale : « les décisions relatives au PDG sont prises après consultation de bonne foi. » Le climat se durcit. En interne, les accusations de « censure », « musellement », voire de sabotage du modèle de gouvernance, se multiplient.








