Zero Waste France en guerre contre les illusions de l’incinération

Transformer des ordures en kilowattheures, est-ce vraiment une stratégie énergétique crédible ? Non, selon les défenseurs de la sobriété.

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Zero Waste France en guerre contre les illusions de l’incinération © RSE Magazine

Le 21 mai 2025, l’association Zero Waste France a officiellement relancé sa campagne nationale contre l’incinération, dénonçant l’essor de nouveaux projets de méga-incinérateurs, notamment ceux basés sur les combustibles solides de récupération (CSR). Une campagne qui s’attaque frontalement à une tendance lourde : depuis 2006, les tonnages incinérés ont grimpé de 12,7 %, atteignant 14,3 millions de tonnes en 2022, selon l’association. Pour la première fois cette même année, les volumes envoyés à l’incinérateur ont dépassé ceux enfouis.

Une stratégie d’incinération qui s’éloigne de la durabilité

La logique est implacable : en réduisant l’enfouissement sans réduire la production de déchets résiduels, la France a déplacé le problème au lieu de le résoudre. Et comme les capacités de traitement ne sont pas saturées, pourquoi diable multiplier les projets d’agrandissement ?

Zero Waste France dénonce « des projets fumeux », lourds de conséquences environnementales et sanitaires, maquillés en opportunités énergétiques. « En augmentant massivement la capacité d’incinération, on condamne notre territoire à brûler des déchets pendant des décennies, alors qu’on devrait tout faire pour les réduire à la source », souligne Jean-Pierre Le Lan, de Zero Waste France dans le billet de blog publié sur le site de l’ONG.

Incinération et énergie : une équation qui ne tient pas la route

Les promoteurs de ces installations présentent les CSR comme une solution énergétique locale et décarbonée, capable de renforcer la souveraineté énergétique de la France. Mais pour Zero Waste France, il s’agit d’une illusion. La production d’énergie issue de l’incinération ne représente que 1 % de la consommation nationale. Une contribution marginale, alors même qu’elle repose sur une matière première issue… du gaspillage.

Transformer des ordures en kilowattheures, est-ce vraiment une stratégie énergétique crédible ? Non, selon les défenseurs de la sobriété. D’autant que cette logique détourne des fonds publics au profit d’un système énergivore. En effet, les collectivités locales consacrent 39 % de leur budget déchets au traitement, contre 1 % seulement à la prévention. « L’arrêté du 12 janvier 2021 impose des mesures de surveillance des incinérateurs, mais elles sont largement insuffisantes. Les données des capteurs de l’incinérateur d’Ivry-Paris XIII révèlent que durant 7 000 heures sur 2 fours en 2 ans, l’appareil d’échantillonnage des dioxines n’a pas fonctionné », explique de son côté Mathilde Rousseau.

L’incinération, un traitement aux effets invisibles… mais bien réels

Derrière l’incinération, ce sont des tonnes de substances toxiques qui s’échappent chaque jour dans l’air, les sols et les organismes : dioxines, métaux lourds, particules fines, PFAS, oxydes d’azote. L’impact sur la santé publique reste minimisé, alors que les preuves scientifiques s’accumulent et que les populations, notamment les plus vulnérables, sont directement exposées.

Les autorités ? Absentes ou inefficaces. Les normes d’émission actuelles sont dépassées. Aucun texte n’impose une distance minimale entre un incinérateur et une école ou un hôpital. Et pourtant, les risques sont bien connus. L’association réclame une surveillance environnementale indépendante et régulière, ainsi qu’un abaissement strict des seuils d’émission, fondé sur les données scientifiques les plus récentes.

Argent public, intérêt privé : le jeu trouble des incitations fiscales

L’autre scandale dénoncé par la campagne : les avantages fiscaux accordés aux incinérateurs à haut rendement, y compris ceux utilisant des CSR. Exonérations de TGAP (taxe générale sur les activités polluantes), aides indirectes, subventions locales… autant d’outils qui alimentent un système voué à se pérenniser. Ce cercle vicieux encourage même certaines collectivités à maintenir artificiellement un flux de déchets, au lieu de financer des actions de réduction ou de réemploi.

Zero Waste France appelle à réorienter intégralement la TGAP vers la prévention, et à stopper immédiatement toute nouvelle construction ou extension. L’objectif ? Fermer 5 % des installations par an. Une politique ambitieuse, mais en cohérence avec les engagements climatiques et l’article L. 541-1 du Code de l’environnement.

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