Sous prétexte de sauver le climat, des archipels entiers sont livrés aux excavatrices. L’Indonésie en est un théâtre éclatant, où la course au nickel vire au désastre écologique. Raja Ampat paie, en silence, le prix de nos ambitions vertes.
À Raja Ampat, le nickel s’infiltre partout
L’archipel de Raja Ampat, situé à l’extrême est de l’Indonésie, cristallise un conflit aussi mondial qu’invisible : celui d’un métal convoité – le nickel – face à un écosystème irremplaçable. Ce territoire, célèbre pour abriter l’une des plus grandes biodiversités marines de la planète, est désormais le théâtre d’une extraction intensive dopée par la demande mondiale en batteries pour voitures électriques.
Officiellement, l’Indonésie protège ses petites îles de toute exploitation minière. En pratique, les pelleteuses ont pris le pouvoir. Gag, Kawe, Manuram : ces noms désignent à la fois des îles sacrées et des mines actives. En 2023, le pays a produit plus de la moitié du nickel mondial. Une performance, dit-on. Un désastre, selon les habitants.
Comme le raconte l’ONG Global Witness dans un grand reportage sur le sujet, la mine de Kawe, par exemple, opérait sur un permis couvrant 5.992 hectares, soit davantage que la surface de l’île elle-même. La forêt y est décapitée, les pentes creusées, les récifs étouffés sous les sédiments. À quelques kilomètres, sur l’île de Gag, un gisement estimé à près de 40 millions de tonnes alimente les flux mondiaux, y compris ceux des véhicules électriques distribués en Europe et aux États-Unis.
Extraction sous haute tension : droit piétiné, écologie détruite
À Manyaifun et Batang Pele, l’arrivée de géomètres en 2024 a bouleversé les équilibres ancestraux. Sans consultation, des pistes ont été ouvertes dans la jungle. L’entreprise PT Mulia Raymond Perkasa, titulaire d’un permis dormant depuis 2013, aurait repris ses activités sans en informer les habitants. Ceux qui osent s’y opposer évoquent des réunions en petit comité, organisées à l’écart du reste de la communauté.
La loi indonésienne interdit pourtant toute exploitation sur les îles de moins de 2 000 km². Mais la déréglementation orchestrée par la loi « omnibus » de 2020, censée booster l’investissement, a balayé nombre de garanties environnementales et sociales. Le droit coutumier, lui, est réduit à un détail administratif.
Une biodiversité prise en étau entre charbon et exportations
Raja Ampat est classé geoparc UNESCO depuis 2023, mais ce label ne protège rien. La sédimentation provoquée par les mines asphyxie les récifs, selon le biologiste Phillip Dustan : « le système saigne », dit-il. Coraux recouverts de limon, mangroves détruites, faune marine déplacée : le tableau est catastrophique.
Le nickel indonésien, principalement de type latéritique, nécessite une transformation lourde, énergivore, alimentée par des centrales à charbon. À Sorong, une méga-fonderie est en construction, avec l’appui d’acteurs chinois. Loin de décarboner l’économie, cette industrie superpose les pollutions : terrestre, atmosphérique, maritime.
Une économie locale écrasée sous le poids du métal
Pêche, écotourisme, agriculture vivrière : l’économie de Raja Ampat repose sur une interaction subtile entre terre et mer. Or, cette économie décline à mesure que les barges se multiplient. Le tourisme, pilier financier pour des centaines de familles, subit le bruit des navires, la fuite des poissons, la dégradation des paysages.
La pêche, elle, dépend des mangroves et des courants propres. Mais lorsque les forêts de palétuviers sont rasées pour faire place aux docks miniers, ce sont les crabes, les crevettes et les poissons qui disparaissent. Une habitante résume : « Le mangrove, c’est notre marché. Si elle meurt, nous mourrons aussi ».
Une transition verte qui vire au colonialisme extractif
Cette transition-là n’est ni juste, ni verte. Les mots sont durs, mais les faits plus encore. En 2024, l’ONG Forest Watch International a recensé 242 petites îles indonésiennes déjà attribuées à des sociétés minières. Le droit à un environnement sain, le consentement des populations autochtones, les droits fonciers : tout est sacrifié à l’autel du profit.
La promesse d’une industrie électrique durable masque mal une réalité brutale : le nickel indonésien est souvent extrait dans l’illégalité, raffiné au charbon, expédié à bord de cargos polluants vers les usines de batteries chinoises, coréennes ou européennes. Les habitants de Raja Ampat n’y gagnent rien, si ce n’est le droit de respirer de la poussière et de regarder fuir leurs enfants.
Raja Ampat, un exemple d’un écocide ordinaire
Les récifs de Raja Ampat ne sont pas une carte postale : ils sont le cœur battant d’un système écologique millénaire. Les détruire, c’est couper l’alimentation d’une économie circulaire naturelle, pérenne et locale. Et pour quoi ? Des SUV électriques vendus comme solution miracle au changement climatique. Derrière chaque voiture dite verte, une question s’impose : qui paie vraiment le prix de cette mobilité ? À Raja Ampat, la réponse est déjà écrite dans le sable rouge du nickel.









Avec 6% d’utilisation du nickel mondial a destination de l’électronique…. , est ce que cette extraction est réellement un problème lié à la voiture électrique ou est ce encore un article à charge lié à du pseudo journalisme à sensation ?