UNOC 2025 : l’océan au bord du gouffre, la planète regarde Nice

L’UNOC, ou Conférence des Nations unies sur l’océan, est un sommet mondial dédié à la préservation et à la gouvernance des océans.

Publié le
Lecture : 3 min
Ocean 5176878 1280
UNOC 2025 : l’océan au bord du gouffre, la planète regarde Nice © RSE Magazine

Les grandes conférences donnent souvent de grandes espérances, parfois de grands flots de paroles. Mais lorsque l’océan s’emballe et que la biodiversité marine suffoque, l’heure n’est plus à la rhétorique. L’ouverture de l’UNOC 2025, ce 9 juin à Nice, ambitionne de transformer les incantations en action – avec plus ou moins de clarté sur les moyens.

Une tribune planétaire pour l’UNOC : à quoi sert cette conférence ?

L’UNOC, ou Conférence des Nations unies sur l’océan, est un sommet mondial dédié à la préservation et à la gouvernance des océans. Organisée tous les cinq ans, cette troisième édition – après New York (2017) et Lisbonne (2022) – s’inscrit dans la Décennie des Nations unies pour les sciences océaniques (2021–2030). Elle se tient à Nice du 9 au 14 juin 2025, co-organisée par la France et le Costa Rica, avec pour horizon la signature et la mise en œuvre du Nice Ocean Action Plan.

L’ONU veut en faire un tournant, entre science, diplomatie et engagement financier. 55 chefs d’État et de gouvernement, des milliers de chercheurs, militants, jeunes, autochtones, ONG et entreprises du secteur maritime sont réunis. L’urgence ? Un océan en “ébullition”, dixit Emmanuel Macron, que la surpêche, le plastique, l’acidification et les émissions de gaz à effet de serre réduisent à l’état de laboratoire de notre inaction.

UNOC 2025 : Macron hausse le ton pour les océans

Dès l’ouverture du sommet, le président français Emmanuel Macron a voulu donner le tempo. Dans son discours, il a déclaré : « Nous devons revitaliser le multilatéralisme derrière le Secrétaire général de l’ONU […] La seule manière d’y parvenir, c’est de mobiliser tous les acteurs : chefs d’État et de gouvernement, mais aussi scientifiques », souligne Le Monde

Ce ton martial a été confirmé par son homologue brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, qui a jugé « inadmissible que les plus riches détruisent l’océan alors que les plus pauvres en dépendent pour vivre », détaille France 3.

Mais si les appels sont nombreux, que dit vraiment l’agenda ? Il s’articule autour de six priorités majeures :

  • Ratification du traité sur la haute mer (BBNJ), signé en 2023, qui vise à protéger 64 % de l’océan mondial hors juridiction nationale.
  • Création d’aires marines protégées couvrant 30 % des océans d’ici 2030 (objectif de Kunming-Montréal).
  • Lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée.
  • Décarbonation du transport maritime, avec des appels à l’électrification portuaire.
  • Reprise des négociations sur le plastique en août 2025.
  • Mobilisation de financements massifs, publics et privés, pour soutenir les États côtiers vulnérables.

Le secrétaire général de la conférence, Li Junhua, l’a résumé sans détour : « Le temps du progrès incrémental est révolu. Nous avons besoin de milliards, pas de millions ».

Enjeux scientifiques, ratifications politiques : ce que l’UNOC peut (ou ne peut pas) changer

Sur le fond, l’ambition est louable. La France a annoncé la ratification officielle du traité BBNJ, et selon France 3, une quinzaine d’autres pays devraient la suivre pendant la conférence. Un événement solennel y est dédié, véritable moment de mesure de la volonté politique mondiale. Mais que vaut une ratification sans mise en œuvre ? Les ONG tirent la sonnette d’alarme : « Sans surveillance indépendante, sans cadre contraignant, ces traités sont des coquilles vides », alerte un membre de Greenpeace sur place relayé par France 3.

Côté recherche, le CNRS a dévoilé lors d’un atelier l’initiative “Océan vivant”, plateforme intégrant satellites, données de marées et intelligence artificielle pour prédire les effets du changement climatique marin. « C’est la première fois que des outils de cette complexité sont mis à disposition des décideurs en temps réel », selon un responsable de l’organisme (France 3). Enfin, la société civile est aussi de la partie. Une trentaine d’ONG et de collectifs environnementaux ont mené une action symbolique en mer au large de Nice. Leur message : « Protéger 30 % ne suffit pas si on continue à détruire les 70 autres ».

UNOC : va-t-on enfin inverser la tendance ?

En 2022 à Lisbonne, le constat était déjà alarmant. Trois ans plus tard, la situation est pire, les engagements toujours plus nombreux, les actes… toujours attendus. Cette fois, les attentes sont plus fortes car la situation est plus grave : réchauffement des eaux, blanchiment des coraux, effondrement de certaines pêcheries.

La déclaration finale, encore en négociation au moment d’écrire ces lignes, sera un test de vérité : engagements chiffrés ? Suivi indépendant ? Financements débloqués ? Sanctions possibles ? Sans ces garanties, le Nice Ocean Action Plan pourrait n’être qu’un nouveau projet sans effets tangibles.

Laisser un commentaire